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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 19:50

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Elena (2011). Plutôt que de ménager la chèvre et le chou, Andreï Zviaguintsev préfère mettre les pieds dans le plat et étaler ad nauseam les multiples dysfonctionnements de la Russie de Vladimir Poutine. Dans Elena, il filme (froidement) les tensions sourdes et les violences larvées d’une société déboussolée, plus que jamais guidée par les intérêts personnels et les paroles démonétisées. Toujours dans l’air du temps, le scénario fait la part belle aux destins qui s’entrechoquent, aux trajectoires individuelles qui se croisent, et parfois se heurtent, au sein d’une même famille. Techniquement hyper-maîtrisé, ce thriller social fourmille de plans-séquences d’une exquise lenteur, cadrés et composés au millimètre près. Le cinéaste russe se pose en effet en authentique esthète, photographiquement dans les clous et narrativement impérial. Une main de fer – la critique acerbe – dans un gant de velours – le visuel policé. Porté par une Nadezhda Markina des grands jours, Elena en arrive même à « désentimentaliser » ses protagonistes avec un certain apparat, pendant que cynisme et misanthropie discutent le bout de gras. Ce long métrage, qui brille sans jamais éblouir, finit presque en roue libre et sonne impérativement comme une mise en garde : à ne raisonner qu’en termes d’intérêts particuliers, on ne gagne rien collectivement. Au final, tant par la justesse de son propos que par la rigueur de sa mise en scène, Andreï Zviaguintsev touche sans mal au but. (8/10)

 

Le Moins : Antiviral (2012). Comme Jason Reitman et Sofia Coppola avant lui, Brandon Cronenberg, en tant que « fils de », a encore davantage à prouver que ses pairs accédant tout juste au circuit hollywoodien. Comme eux, surtout, il doit s’aventurer dans sa propre voie et couper à la racine toute filiation trop prononcée. Et, pourtant, en s’emparant des thématiques de la starification outrancière, de la manipulation génétique et de la contamination, il ne pouvait pas plus s’inscrire dans le sillage de son illustre paternel, monstre sacré du cinéma de science-fiction. Ployant sous les influences, Antiviral entremêle lourdement nature et technologie, alors même qu’il dépeint un monde futuriste où les célébrités, vénérées et harcelées, tutoient les dieux, où les badauds s’injectent délibérément des éléments pathogènes prélevés sur leurs vedettes et où la culture cellulaire donne lieu à rien de moins que des « steaks de star ». Dans cette société dystopique où tout se vend, Caleb Landry Jones – qui crève littéralement l’écran – campe avec maestria un inquiétant commercial, coutumier du marché noir, prêt à s’inoculer n’importe quel virus pour ensuite pouvoir le fourguer à prix d’or. Son personnage représente à lui seul une charge puissante à l’encontre du consumérisme à tout crin. Bien ficelé, techniquement au point, Antiviral n’en reste pas moins miné par les dispersements et les faux raccords scénaristiques. C’est ainsi, erratique, qu’il finit par se caricaturer lui-même, sacrifiant sa crédibilité en omettant que la maladie constitue un tabou indépassable et que les veilleurs de la bioéthique servent de rempart en dernier ressort. À n’en pas douter, ce long métrage plus qu’honorable contient les défauts typiques d’un premier essai : une ambition démesurée et un propos sans bornes. Enfin, on ne saurait le taire, s’il espère un jour pleinement s’affirmer, Brandon Cronenberg devra inévitablement tuer le père. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Les Chats persans" / Le Moins : "3096 Jours" (#28)

Le Plus : "Stoker" / Le Moins : "Jobs" (#27)

Le Plus : "Au nom du père" / Le Moins : "Elysium" (#26)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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