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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 20:42

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Voyage au bout de l’enfer (1978). Événement majeur de l’histoire militaire des États-Unis, la guerre du Viêt Nam a accouché de plusieurs chefs-d’œuvre cinématographiques, parmi lesquels se rangent Voyage au bout de l’enfer (1978), de Michael Cimino, et Apocalypse Now (1979), de Francis Ford Coppola. Ces deux brillantes incursions au cœur des conflits armés nous renvoient sans fard aux régions minées et désossées par les affrontements martiaux, et dessinent avec justesse le portrait de soldats à jamais tourmentés, ébranlés – voire cassés – par les insoutenables scènes d’horreur et d’inhumanité qu’ils ont endurées. Auréolé de cinq Oscars en dépit d’une rude concurrence, Voyage au bout de l’enfer a tout du parfait défilé technique, arborant une mise en scène implacable et hyper-maîtrisée doublée d’une dualité déconcertante, où une violence abrupte, en tout point glaçante, donne le change à une beauté plastique ostensiblement exhibée. Au bout d’un tournage interminable, émaillé d’incidents, ce long métrage à la fois ténébreux, percutant et incisif rejoint sans mal les classiques du genre, à l’instar de Naissance d’une nation (1915) ou d’œuvres emblématiques se rapportant directement au Viêt Nam, comme Platoon (1986) ou Full Metal Jacket (1987). Alignant paraboles et métaphores – l’union (le mariage) avant la désunion (la névrose) –, Michael Cimino y dépeint les doutes et les peurs d’une poignée de jeunes Américains, génération insouciante transformée par le combat, brassant au passage les thématiques fondamentales de l’amitié et de la mort, sans jamais omettre de plonger son récit dans un hyperréalisme au mieux marmoréen. Filmé au cordeau, impeccablement distribué – Christopher Walken, Robert De Niro, John Savage, John Cazale, Meryl Streep –, Voyage au bout de l’enfer ne se contente aucunement de lever un coin de voile sur les horreurs d’une sale guerre : d’abord fenêtre ouverte sur le monde ouvrier, il témoigne ensuite d’une fracture incurable, d’une descente aux enfers psychologique, des mécanismes de désagrégation de l’identité et d’un avilissement autoalimenté des hommes, lesquels finissent immanquablement broyés par leurs propres outrances. Envoûtant et irrépressible, ce morceau de choix marqué du sceau inimitable de Michael Cimino restera également dans les mémoires comme le dernier tour de force de John Cazale, acteur ô combien sélectif que le cancer emportera prématurément, avant même la sortie du film. (10/10)

 

Le Moins : À la merveille (2013). Terrence Malick n’est pas n’importe quel réalisateur. Figurant parmi les maîtres incontestés du geste cinématographique, il agrémente chacun de ses films d’une beauté formelle hors pair, s’autorisant des audaces techniques qui mettraient au tapis la plupart de ses pairs. Maître d'œuvre des inoubliables La Balade sauvage (1973) et Les Moissons du ciel (1978), le cinéaste américain se distingue avant tout par une filmographie très sélective, limitant ses interventions à une poignée de longs métrages disséminés au fil des décennies. Sa dernière livraison en date, À la merveille, n’en était évidemment que plus attendue. Seulement voilà, à force de faire de chaque plan un enjeu de mise en scène, Terrence Malick glisse lentement vers une grossière caricature de son cinéma, désormais réduit à un visuel léché et à de savants mouvements de caméra, alors même que les fourvoiements narratifs et scénaristiques n’en finissent plus de torpiller ses ambitions. Ces défauts de conception donnent lieu à un film surfait, quasi artificiel et (trop) souvent dramatiquement exsangue. Car si À la merveille entendait interroger les relations amoureuses et la foi religieuse, il en arrive finalement à tourner à vide et ne parvient jamais à dépasser le stade du simple exercice de style. Bercé par les murmures, enjolivé par les travellings et les effets visuels, ce long métrage anémique se résume à une expérience sensorielle inaboutie, où la débauche technique ne suffit même plus à éveiller l’intérêt le plus minime. Conçu à base de plans courts et d’ellipses, sans souffle ni ressort, ce Malick mineur laissera en toute logique les incrédules au bord du chemin. (4/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Mulholland Drive" / Le Moins : "American Nightmare" (#30)

Le Plus : "Elena" / Le Moins : "Antiviral" (#29)

Le Plus : "Les Chats persans" / Le Moins : "3096 Jours" (#28)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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