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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 13:01

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Le Coup de l’escalier (1959). Entamé au tout début des années 1940, le cycle originel des films noirs américains entonne peut-être, dès 1959, son chant du cygne. Pour beaucoup en effet, Le Coup de l’escalier se pose en ultime battement de cœur d’un genre qui influence aujourd’hui encore des générations entières de cinéastes. Chef-d’œuvre pétri par les mains expertes de Robert Wise, réalisateur de West Side Story (1961) et de La Maison du diable (1963), ce thriller désenchanté pose un regard froid et distant sur un triangle humain sous haute tension, composé d’un policier injustement évincé, d’un ancien soldat aux penchants racistes affirmés et d’un chanteur noir désabusé criblé de dettes. Scénarisé avec une minutie d’orfèvre, filmé au cordeau, remarquablement distribué – Shelley Winters et Robert Ryan sont deux monstres sacrés du film noir –, Le Coup de l’escalier trace avant tout les lignes cardinales de trois personnalités ténébreuses, en quête d’argent mais mues par des motivations fort divergentes. Faisant écho à la faiblesse des hommes, installant ses intrigues dans un climat de violence émotionnelle permanente, ce Robert Wise multidimensionnel, aussi percutant qu’incisif, a tout de la pièce maîtresse indémodable, chérissable et magistralement exécutée. Sous ses airs de caper movie, sans fioritures ni démagogie, il s’échine surtout à décliner la condition humaine sous toutes ses formes. Un pari relevé haut la main. (9/10)

 

Le Moins : Bug (2006). Pour apprécier Bug à sa juste valeur, il faut savoir se montrer plutôt bon public. Difficile en effet de déborder de confiance et d’enthousiasme à l’endroit d’un pur délire paranoïaque filmé en huis clos et alimenté par des amphibiens aussi mystérieux qu’invisibles à l’écran. Pourtant, en mettant en scène deux comédiens transfigurés (Michael Shannon et Ashley Judd), prêts à enchaîner les interprétations les plus extrêmes, William Friedkin tenait assurément la matière première d’un portrait expressionniste d’une Amérique en pleine dérive existentielle, paumée, désabusée et courant les motels miteux sans jamais cesser de se replier sur elle-même. Déstabilisant au possible, habilement agencé, Bug appuie son récit sur une femme au passé trouble, errant dans la vie comme une âme en peine, moins surprise par les morosités, les abattements et les lassitudes que par un coucher de soleil. Le hic, c’est qu’à une introduction honorable et bien rythmée succèdent ensuite des cohortes d’outrances narratives, sortes d’effets de manches joyeusement entremêlés et dramatiquement exsangues. Ainsi, à mesure qu’il bouscule les genres – à défaut des conventions – et que son script perd en consistance, le touche-à-tout William Friedkin succombe à la tentation perverse d’en faire des tonnes, comme s’il cherchait maladroitement à colmater les failles, parfois béantes, d’un projet pourtant prometteur. Résultat : son thriller horrifique, ampoulé et aux fondements fragiles, finit par s’essouffler jusqu’à l’asphyxie. Une débâcle d’autant plus regrettable qu’il était parvenu à jeter les bases d’un univers ombreux au sein duquel avançaient à cloche-pied, voire à reculons, deux compagnons d’infortune unis par la volonté des circonstances. Verdict : un semi-échec, donc une réussite partielle. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "À l’est d’Eden" / Le Moins : "Man of the Year" (#34)

Le Plus : "Gravity" / Le Moins : "Larry Flynt" (#33)

Le Plus : "Scarface" / Le Moins : "Gatsby le Magnifique" (#32)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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