Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 22:09

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Le Trou (1960). « Poétique » selon François Truffaut, favorable aux criminels si l’on en croit ses contempteurs, Le Trou a en son temps divisé l’opinion, occasionnant concerts de louanges et levées de boucliers. Les années aidant à la maturation des esprits, cet insuccès commercial est depuis considéré, à juste titre, comme l’une des pierres angulaires du cinéma hexagonal. Inspiré – et salué – par la Nouvelle Vague, exécuté en huis clos, d’une main de maître, ce thriller carcéral touche à la fois à l’immersif, au percutant, à l’essence humaine et aux postures libératrices. Se jouant de l’espace, confiné, comme du temps, inapprivoisable, Jacques Becker prend le parti d’unir une bande de prisonniers autour d’un désir pour le moins ardent, celui d’une liberté devenue immaculée. Pour ce faire, le réalisateur de Casque d’or et Touchez pas au grisbi met au service de ses personnages une mécanique narrative implacable, empreinte de justesse, de réalisme, d’urgence. Et s’affranchit au passage de toute illusion, conjuguant la confiance et l’amitié aux réalités circonstancielles, l’accomplissement de soi à l’outrage règlementaire. Digne émanation d’un cinéma libéré de ses contraintes économiques, Le Trou exhume d’époustouflants acteurs non professionnels – dont l’ancien détenu Jean Keraudy et le sportif Michel Constantin – et se garde bien de déployer ces effets de manches trop répandus, usés jusqu’à la corde, aussi vains que contre-productifs. Haletant et incisif, il ne manque jamais d’articuler ses intrigues avec maestria, distillant savamment constance et à-propos. Et comme pour répondre schématiquement au roman originel de José Giovanni, Jacques Becker n’hésite pas à émailler son chef-d’œuvre de longues séquences éprouvantes, confrontant ainsi le spectateur aux efforts colossaux consentis par les prisonniers pour creuser – et, symboliquement, recouvrer une liberté ardemment convoitée. Techniquement abouti, clinique, voire presque documentaire, Le Trou s’échine en outre à rendre ses cellules encore plus étouffantes et anxiogènes à coups de gros plans, de cadrages hyper-travaillés et de trames sonores épurées, dépourvues de la moindre musique. Qu’on se le dise : rarement le cinéma français aura été si palpitant. (10/10)

 

Le Moins : Quartet (2012). Sorte de feel-good movie du troisième âge, Quartet ressemble beaucoup à son maître d’œuvre, l’excellent Dustin Hoffman, qui passe à cette occasion, et pour la première fois, derrière la caméra. Autoportrait à peine voilé, jamais pédant ni prétentieux, cette douce comédie se déploie et se consume comme le témoignage d’un artiste amoureux de sa discipline et refusant obstinément de s’en écarter. Porté par un quatuor bien agencé, ce long métrage de facture volontairement classique s’intéresse aux questions d’orgueil et de suffisance, des caractéristiques on ne peut plus humaines, qui traversent sans coup férir les époques et les frontières. Sans éclat ni fioritures, Quartet s’éprend de quelques vieux musiciens à l’abri du besoin, résidant dans une maison de repos au luxe prononcé. Brisant les images réductrices faisant trop souvent foi, ces artistes retraités mordent la vie à pleines dents et cherchent jalousement à préserver leurs intérêts. Un pitch simpliste, qui débouche sur un scénar paresseux, aux ressorts cousus de fil blanc, mais immanquablement sublimé par les bons mots et traits d’esprit émanant de dialogues parfaitement troussés. Plaisir fugace sans être pour autant coupable, péchant parfois contre le rythme et le souffle, cette adaptation d’une pièce de théâtre signée Ronald Harwood – également scénariste du film – apparaît comme le trait d’union salutaire entre un ancien élève de l’Actor’s Studio et des comédiens shakespeariens, soit la rencontre de deux mondes qui se chevauchent et se complètent. Réussite mineure, consensuelle et fédératrice, Quartet se distingue surtout par son réalisme, accentué à la faveur du recours, pour les rôles secondaires, à de vrais musiciens retirés du circuit. Pour la petite histoire, notons que les équipes de création, expressément mandatées par Dustin Hoffman, ont été chargées de renforcer l’attrait et l’esthétisme de la résidence. Une manière, revendiquée comme telle, de mettre en valeur, par ricochet, des personnages résolument actifs et expressifs. Aussi, si d’aucuns ont pu y voir une certaine négation de la vieillesse, il s’agit sans conteste d’un parti pris assumé. (7/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Le Coup de l’escalier" / Le Moins : "Bug" (#35)

Le Plus : "À l’est d’Eden" / Le Moins : "Man of the Year" (#34)

Le Plus : "Gravity" / Le Moins : "Larry Flynt" (#33)

Partager cet article

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

Recherche