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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 19:49

Faut-il vraiment s’émerveiller devant un plan de cinquante secondes se bornant à montrer l’arrivée d’un train en gare ?  En dépit des apparences, la question n’a rien d’oratoire. Quand, en 1895, les frères Lumière présentent leur premier film, ils posent les jalons d’un média de masse inconnu jusqu’alors, définissant au passage des pans entiers d’un langage techniquement révolutionnaire.

 

Car les inventeurs du Cinématographe ne prennent pas seulement le parti de filmer une locomotive à vapeur : ils épousent un point de vue transversal, soignent la profondeur de champ, travaillent la photographie, sortant ainsi de leur chapeau les prémisses de la mise en scène.

 

Multipliant les prises en quête d’un timing idéal, concevant en moins d’une minute tous les plans cinématographiques exploitables, ponctuant leur séquence par une vision subjective impromptue – les passagers débarquant, ignorant tout du tournage, fixent lourdement la caméra –, les frères Lumière accouchent, sans même le savoir, d’une œuvre pionnière de ce qui adviendra plus tard le septième art.

 

Ultime coup de force, à mesure que s’approche le train, la peur s’installe parmi les spectateurs qui assistent à la première projection. Par leurs partis pris de réalisation, les deux cinéastes sont donc parvenus à activer et orienter les émotions du public. Sous cet angle, l’émerveillement constitue légitimement, au mieux, un minimum syndical.

 

 

Lire aussi :

Belfort le Magnifique

Il était une fois Hitchcock…

Le Plus : "Le Congrès" / Le Moins : "Les Amants passagers" (#37)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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