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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 21:20

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Rashômon (1950). Inspiré de deux nouvelles nipponnes, Rashômon a en son temps ouvert les portes de l’Occident au cinéma japonais et, a fortiori, à son maître d’œuvre, l’incontournable Akira Kurosawa. Couronné d’un Lion d’or et de l’Oscar du meilleur film étranger, ce coup de force aux multiples niveaux de lecture caresse les canons narratifs à contre-poil, brisant scrupuleusement les carcans de la linéarité et de l’univocité à mesure qu’il épouse les points de vue divergents des témoins d’un meurtre. Audacieux, cousu d’or, sublimé par une photographie soignée et de savants mouvements de caméra, ce chef-d’œuvre intemporel n’en finit jamais de se repaître de moments de grâce, mettant en saillie des réalités fantasmées, corvéables à merci, et révélant graduellement, avec à-propos, des pans entiers de la nature humaine. Non content de préfigurer techniquement et esthétiquement la Nouvelle Vague française, Rashômon dresse en creux des portraits vertigineux, succombant sans retenue à une poésie naturaliste aussi noire que le charbon. Fort d’une mécanique irrépressible et diablement efficace, Akira Kurosawa sonde nos perceptions et appréhensions du réel à l’aune de nos intérêts immédiats et fondamentaux. Et alors même que les récits s’amoncellent, formant bientôt un faisceau embrouillé et inintelligible, il prend le parti de consacrer un héros du mensonge, manipulateur hors pair ne parvenant à ses fins qu’au prix de sacrifices moraux certains. Magnifié par une mise en scène au cordeau, brillamment segmenté, porté par un casting impeccable au sein duquel se distingue à peine l’acteur fétiche Toshirô Mifune, Rashômon s’inscrit indiscutablement, et sans le moindre complexe, parmi les joyaux indémodables du septième art. Un monument qui prend avec malice l’académisme au rebours. (10/10)

 

Le Moins : Jeune & jolie (2013). C’est l’archétype même du film qui met immanquablement le Landerneau médiatique sur les dents. Tout, ou presque, a été dit sur ce Jeune & jolie dont la matière première – une adolescente qui se prostitue délibérément – se prévaut d’une portée quasi illimitée. Une ligne directrice qui se repaît de soufre et à même de tout emporter dans son sillage. En découle logiquement une kyrielle d’écueils – le voyeurisme, les lieux communs, la vulgarité, voire l’obscénité – propres à déstabiliser n’importe quel cinéaste. Tenant néanmoins ce pari à haut risque, François Ozon déroule posément son récit, braquant son objectif, sans jamais émettre le moindre jugement, sur cette femme en devenir qui alimente sans broncher son propre cercle vicieux. Désamorçant avec doigté les nombreux pièges inhérents à un tel script, il met en exergue une trajectoire individuelle devenue toxique, sans jamais avoir la prétention de portraiturer une génération entière. Après les maîtrisés Potiche et Dans la maison, le réalisateur français s’adonne en effet, non sans talent, à une chronique humaine à tout le moins sulfureuse, portée par une actrice exceptionnelle, la délicieuse et magnétique Marine Vacth. Documenté, audacieux et abordé avec à-propos, Jeune & jolie peine toutefois à s’élever en raison d’une mise en scène lisse et de fondations par trop fragiles, manque de teneur oblige. Et si François Ozon évoque avec justesse la complexité d’une cellule familiale éprouvée, il installe surtout une sorte de cordon sanitaire fort dommageable entre des personnages aux motivations floues et son public. Il en résulte une certaine distance ayant pour effet immédiat d’émousser les émotions que dégage son œuvre. Alors, si l’expérience vaut assurément le coup d’œil, il y a fort à parier qu’elle ne laissera pas, ou si peu, de traces indélébiles. (7/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Le Congrès" / Le Moins : "Les Amants passagers" (#37)

Le Plus : "Le Trou" / Le Moins : "Quartet" (#36)

Le Plus : "Le Coup de l’escalier" / Le Moins : "Bug" (#35)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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