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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 08:36

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : L’Inconnu du Nord-Express (1951). Collaborer avec l’omnipotent Alfred Hitchcock nécessite parfois de se mettre au diapason. En dépit du statut pour le moins flatteur de monstre sacré de la littérature policière, Raymond Chandler l’apprendra à ses dépens. Engagé en tant que scénariste sur L’Inconnu du Nord-Express, il prit finalement la porte et céda sa place à d’autres plumes, sans doute plus conciliantes. C’est ainsi que Czenzi Ormonde et Ben Hecht, un familier de l’univers hitchcockien, prirent le relais, forgeant avec soin et talent un script imprévisible débordant d’imagination. Adaptation d’un roman de Patricia Highsmith, ce chef-d’œuvre tient en effet plus du navire de guerre que du chalutier : le suspense s’anime crescendo, distillant une tension permanente sublimée par des élévations graduelles. Et alors même que les moments de grâce pullulent, les tableaux humains dessinés en creux culminent à des hauteurs insoupçonnées. Un fils névrosé et destructeur que son père voue aux gémonies, une mère castratrice aveuglée par un amour filial immodéré, une amante manipulatrice aux traits lucifériens et, surtout, ce Guy maudit des dieux, sous tension, prisonnier d’un étau qui ne cessera jamais de se resserrer. Pas un instant ne se tarit le flux des jouissances désordonnées. Car si son scénario brille de mille feux, L’Inconnu du Nord-Express, bercé par des partitions somptueuses, s’enivre également de prises de vues déroutantes – le meurtre reflété dans les lunettes – et de séquences à couper le souffle – le fameux climax du manège fou, cette scène finale portée à bout de bras par un cinéaste au sommet de son art. La magnifique photographie de Robert Burks n’enlève rien à l’effroi glacial occasionné par l’inquiétant Bruno Anthony (excellent Robert Walker), cet esprit malade rencontré inopinément à l’occasion d’un voyage en train, qui ne fait que souiller et gangréner ceux qu’il croise. Plus qu’un simple thriller, ce grand cru hitchcockien relèverait presque de l’étude de caractère et préfigure à certains égards le monument que constituera plus tard Psychose. Ainsi, non content d’examiner à la loupe la capacité de nuisance des hommes, il autopsie les actes manqués, les pudeurs déchues, les interactions accidentées. Maître de chaque parcelle de sa narration, imperturbable metteur en scène, Alfred Hitchcock rehausse et magnifie encore son œuvre avec un imparable montage parallèle chargé de symbolique : d’un côté, la perte d’un briquet aux allures de pièce à conviction et, de l’autre, le match de tennis du malchanceux Guy. De quoi porter au pinacle l’ingénieux et pénétrant langage cinématographique. Romanesque et captivante, cette pièce de choix s’apparente assurément à un énième chef-d’œuvre à porter au crédit d’une légende du septième art. (9/10)

 

Le Moins : American Bluff (2013). Dix nominations aux Oscars. Ni plus, ni moins. De quoi donner le tournis à n’importe quel cinéaste. Déjà distingué à la faveur de l’intrépide Happiness Therapy, David O. Russell enflamme à nouveau la reine des cérémonies, armé cette fois d’un American Bluff joyeusement bordélique. Faut-il pour autant crier au génie ?  Rien n’est moins sûr. Non pas qu’il se vautre dans les grandes largeurs, mais ce thriller policier survitaminé s’invite en revanche à tous les râteliers et finit logiquement par tourner quelque peu à vide. Faussement transgressif et réellement agaçant, il se résume trop souvent à un cinéma ivre de gesticulations et de cabotinage. Et si mieux vaut pécher par excès que par défaut, force est de constater que David O. Russell atteint le point de rupture à plus d’une reprise. Sujette aux clichés et aux longueurs, affublée d’un scénario inadapté à sa durée – à moins que ce ne soit l’inverse –, son œuvre peine à colmater ses nombreuses brèches narratives et en arrive même, par intermittence, à sonner creux. Malgré quelques séquences de haut vol et une imagerie ensauvagée, American Bluff donne surtout l'impression obstinée de ne tenir qu'à un fil. Disgracieux – ces poitrines en veux-tu en voilà – et gribouillé sur un coin de table, il échoue par ailleurs à éveiller notre intérêt au-delà des standards du genre. Finalement, le film ne vaut que pour sa belle reconstitution des seventies et quelques moments de grâce imputables à des comédiens temporairement transcendés. Du reste, si la réalisation ne casse pas trois pattes à un canard, elle n’a rien non plus d’indigeste. Mais ce qui ressort avant tout, c’est l’inébranlable certitude que David O. Russell a tout sacrifié pour ses personnages, centre névralgique d’un long métrage s’inscrivant tout juste dans les clous. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Buffet froid" / Le Moins : "Le Guerrier silencieux" (#39)

Le Plus : "Rashômon" / Le Moins : "Jeune & jolie" (#38)

Le Plus : "Le Congrès" / Le Moins : "Les Amants passagers" (#37)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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