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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 06:55

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Les Fils de l’homme (2006). Esthète pointilleux et virtuose, Alfonso Cuarón n’a pas attendu le stratosphérique Gravity pour mettre la mécanique formelle au service de son œuvre. Le chef-d’œuvre d’anticipation Les Fils de l’homme a en effet déjà tout de l’incandescent bouillonnement d’idées, florilège de plans-séquences vertigineux, de moments de grâce immersifs et de poursuites dantesques. Saisissant par son actualité et son urgence, ce thriller au tempo trépidant relève à la fois du blockbuster et du cinéma d’auteur, nappant des séquences de haut vol de réflexions existentielles brûlantes. Avec ses atours crépusculaires et ses décors apocalyptiques, il n’a pas son pareil pour prendre aux tripes – ou à la gorge – et cavaler sous haute tension. Non contente de sonder les failles de l’aventure humaine, cette adaptation d’un roman de P.D. James s’immisce dans les méandres du politico-social. C’est ainsi qu’elle suggère un paradigme ténébreux et anxiogène, où les hommes forment une espèce menacée, déréglée, sans cohésion ni repères, à la merci de pulsions primaires et de lois totalitaires, alors même que ne cesse de planer le spectre d’une extinction naturelle irréversible. Sans jamais céder aux sirènes misérabilistes, Alfonso Cuarón radiographie les mouvements migratoires et les contrecoups destructeurs d’une natalité réduite à néant, profitant d’une cavale orwellienne pour croquer une vision futuriste désenchantée, inhumaine, où règnent la maladie, la pollution, l’anarchie, les guerres claniques et l’insécurité. Caméra à l’épaule, le Mexicain filme des personnages en pleine déshérence dans un Londres dévasté, plus que jamais au bord de l’agonie. Aussi, au cœur même des tableaux de guerre civile, entre deux fusillades, derrière les corps éprouvés et les mines désappointées, un espoir désarmé et mis à nu se meurt en silence. Une lueur, même chancelante, suffirait-elle à le réanimer ?  Aussi fluide et maîtrisé qu’il est dystopique et angoissant, Les Fils de l’homme ne saurait cacher qu’il porte les stigmates d’un cinéma hanté par les grands enjeux contemporains. (8/10)

 

Le Moins : L’Homme qui aimait les femmes (1977). Quand François Truffaut entame L’Homme qui aimait les femmes, il n’a déjà plus rien à prouver. Auteur de plusieurs chefs-d’œuvre qui marqueront durablement le cinéma français – Les Quatre Cents Coups, Fahrenheit 451 ou encore La Mariée était en noir –, il figure parmi ces réalisateurs qui mettent à intervalles réguliers le microcosme cinéphilique en ébullition. En portraiturant un coureur de jupons haut en couleurs, prêt à toutes les ruses pour séduire les femmes qu’il convoite, le héraut de la Nouvelle Vague s’essaie au récit partiellement autobiographique. Obsédé tout comme lui par la beauté des courbes, son héros décide, après des années de libertinage plus ou moins heureux, de coucher sur papier ses innombrables expériences, soit autant d’amours transitoires et de relations fugitives. À l’aune d’une question aussi universelle, d’aucuns espéraient un traitement, si pas audacieux, au moins pertinent et/ou singulier. Le hic, c’est que François Truffaut ne nous épargne ni les redondances, ni les clichés. Et s’il installe l’intrigue sans dommage, il tire ensuite sur une corde qui s’effiloche à mesure que les conquêtes féminines défilent. Se nourrissant d’une passion irrépressible, pulsions aussi jouissives que douloureuses, ce tableau humain mi-figue mi-raisin se heurte en outre aux limites d’un comédien pas forcément taillé pour le rôle. L’apathique Charles Denner n’a en effet rien du Casanova irrésistible. Pis, malgré quelques moments de bravoure, L’Homme qui aimait les femmes souffre d’un rendement esthétique circonscrit et d’une mise en scène aussi plate que l’encéphalogramme de Toutânkhamon. Ainsi, cette œuvre intimiste ne surprend que par intermittence, ses principaux faits d’armes se résumant à quelques bonnes idées inégalement développées – l’introspection au travers du roman, les sauts temporels, la description (sommaire) d’une enfance accidentée. Signe d’un plaisir modéré, on ne fait finalement qu’effleurer la magnificence et la subtilité d’un joyau comme La Peau douce. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "L’Inconnu du Nord-Express" / Le Moins : "American Bluff" (#40)

Le Plus : "Buffet froid" / Le Moins : "Le Guerrier silencieux" (#39)

Le Plus : "Rashômon" / Le Moins : "Jeune & jolie" (#38)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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