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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 09:15

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Shotgun Stories (2007). Tourné en seulement 21 jours, essentiellement financé par des proches, Shotgun Stories marque l’entrée en scène du très prometteur Jeff Nichols, dont le coup d’essai arbore tous les atours d’un coup de maître. L’ingénieur en chef des imparables Take Shelter et Mud choisit pour cadre le sud de son Arkansas natal et explore avec maestria une galerie de personnages taiseux, tous soigneusement scénarisés, naviguant à vue dans une querelle familiale exécutée crescendo et tutoyant sans cesse la tragédie. Pur produit d’un cinéma de bouts de ficelle, étranger à toute surenchère stylistique, ce drame atrabilaire s’appuie sur une architecture faite de plans larges et fixes, tableaux d’une réalité parcellaire en pleine perdition. Véritable peinture en mouvement, Shotgun Stories emploie le tremplin du Cinémascope pour mieux sauter les fossés, saisir l’essence d’une nature tranquillisante avant d’atteindre les sommets d’une tension macabre, gracieusement orchestrée par des personnages torturés. La vendetta annoncée, centre névralgique d’un récit hyper-maîtrisé, vient ensuite balayer les empreintes abandonnées par ces décors paisibles et immobiles, contrepoids d’une mélancolie aussi asphyxiante que la folie qui la nourrit. Vaguement inspiré de La Balade sauvage, frappé de grâce et de justesse, ce chef-d’œuvre qui ne dit pas son nom se pare volontiers du voile des fresques familiales fiévreuses et écorchées. Plus que la simple radiographie d’un désastre collectif, Shotgun Stories s’échine à brûler les conventions familiales en mettant aux prises des protagonistes ivres de griefs, aveuglés par l’éclat d’une haine plus ordinaire qu’il n’y paraît. Et c’est alors toute l’architecture de Jeff Nichols qui s’empreint, sans intermittence, d’une noirceur croissante. (8/10)

 

Le Moins : Le Crocodile de la mort (1977). Nappé de compositions ocres, rougeâtres ou bleuettes, moins effrayant qu’une épine calcanéenne, Le Crocodile de la mort est le témoin de cette frange du cinéma horrifique tombée en désuétude par manque de renouvellement. Noyé sous les clichés de genre et reposant sur des dispositifs moins surprenants qu’un coucher de soleil, cette production estampillée Tobe Hooper ne parvient jamais à s’extirper des redondances scénaristiques et d’une narration plus accidentée que le visage de Mickey Rourke. Le maître d’œuvre des incontournables Massacre à la tronçonneuse et Poltergeist en est ainsi réduit à mettre en scène des personnages grossièrement bâclés, sortes de caricatures sur pattes, fruits d’un script gribouillé sur un coin de table et moins consistant qu’une feuille de laitue. Aussi, le réalisateur américain, qui rendra par ailleurs prématurément son tablier, ne peut porter à son crédit que quelques rares envolées, aussi éphémères que relatives. Ne reste alors, pour satisfaire notre appétit, qu’un décor inquiétant, inhospitalier, en pleine décrépitude. Un puits à névroses, moins lumineux qu’un cierge d’église, repère de désespoirs et d’aliénations où le vice a taillé en pièces la vertu. Bien trop léger pour contrebalancer des failles au mieux béantes. (4/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Les Fils de l’homme" / Le Moins : "L’Homme qui aimait les femmes" (#41)

Le Plus : "L’Inconnu du Nord-Express" / Le Moins : "American Bluff" (#40)

Le Plus : "Buffet froid" / Le Moins : "Le Guerrier silencieux" (#39)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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