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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 17:34

Titre fondateur du cinéma fantastique, La Chute de la maison Usher s’inscrit précisément dans le cycle expérimental de Jean Epstein, cinéaste plasticien friand d’images expressives, maître d’œuvre de séquences tatillonnes rivalisant de poésie et d’imagination. Ballet d’atmosphères brumeuses et inquiétantes, cette adaptation d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe sonde la catalepsie et les phénomènes paranormaux avec la volonté manifeste de laisser les portes grandes ouvertes, et de n’exclure aucune grille de lecture.

 

La maison de l’horreur

 

Perdu au cœur des étangs, austère et massif, en proie aux manifestations surnaturelles, le château Usher vous cueille à froid, comme s’il portait l’angoisse en son sein. Sous ses allures de forteresse imprenable, il abrite un couple menacé, fragilisé par la maladie impénétrable de Lady Madeline et par les penchants héréditaires de son époux, que l’on suspecte d’être épris d’un simple portrait. Une peinture qui, étonnamment, semble s’animer à mesure que la maîtresse de maison faiblit et déchoit.

 

Conte désenchanté

 

La Chute de la maison Usher se leste d’une virtuosité entièrement mise au service de son propos. Chaque plan y regorge de trouvailles visuelles et d’éléments à double sens. Non seulement le montage subit des incisions microchirurgicales, mais les cadrages minutieux et les décors viennent encore renforcer ce conte désenchanté, tout en subtilité et en rigueur. Témoins d’une puissance picturale évidente, les plans fixes s’appréhendent comme autant de photographies noires, brouillées, fugitives, à la lisière du réel.

 

Le besoin irrépressible de peindre, les gémissements d'une femme aux abois, les bougies qui se consument lentement, les gros plans flous et tétanisants face caméra, une mort à laquelle on peine à croire : dans ce thriller fantastique, tout contribue à la mise en saillie d'une réalité parallèle qui, doucement, s'évente et fait son nid. Ralentis, surimpressions, trucages et maquettes (la destruction du château) nourrissent à la fois l’onirisme et la beauté des plans. Joyau brut, La Chute de la maison Usher est un corps muet en ébullition, souvent ambivalent, et d’une mélancolie vénéneuse.

 

 

Lire aussi :

"Inside Llewyn Davis" : la sacralisation du perdant

Les fantômes du chaos

Le Plus : "Shotgun Stories" / Le Moins : "Le Crocodile de la mort" (#42)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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