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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 13:11

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Nebraska (2013). Un périple de plus de mille kilomètres à la poursuite d’une illusion et une casquette en guise de consolation. Woody Grant, vieillard sur le déclin, croit dur comme fer en sa bonne étoile. Convaincu d’avoir remporté un million de dollars à un hypothétique tirage au sort, il embarque son fils David dans une aventure insensée, sillonnant les États-Unis sur la seule foi d’une escroquerie publicitaire. Choisissant pour cadre son Nebraska natal, Alexander Payne tisse un road movie filial aussi contemplatif que mélancolique, levant le voile sur l’incommunicabilité et les vies sans bruit, comme laissées en jachère. Portraiturant sans ambages l’Amérique profonde, le maître d’œuvre de The Descendants restitue avec ironie, en noir et blanc, ces régions provinciales où la naïveté des uns n’a d’égal que le cynisme des autres, où ça fleure bon le redneck bouseux et mal intégré, où les absurdités sont montées sur échasses. Ancienne gloire du cinéma, Bruce Dern campe avec maestria un patriarche usé par le temps, sénile, alcoolique et désenchanté. Un vieil homme qui arpente benoîtement les gravats d’un passé sur lequel il n’a plus la moindre prise. Hier aux abonnés absents, ses proches lui réclament aujourd’hui le beurre, l’argent du beurre et les faveurs de la crémière. Ses anciens camarades ne valent pas mieux : l’ivresse de l’argent, contagieux, les incite à éventer de vieilles dettes bricolées dans l’urgence. Chacun, humant les embruns d’un profit sans effort, est prêt à s’asseoir sur les convenances les plus élémentaires. Ainsi, aux liens filiaux distordus, Nebraska joint une réflexion sur ces espaces ruraux grisants, agonisants, au bord de la rupture, confondant leurs vieux bistrots avec des défibrillateurs automatisés. Orfèvre, Alexander Payne met la beauté spectrale au service d’un écrin en voie de décrépitude, mausolée de personnages tous aussi improbables (la mère au passé trouble) que grotesques (les cousins désœuvrés et décérébrés). Regorgeant de saillies humoristiques, cette comédie à la fois tendre et mordante s’établit sur une narration à deux étages – quête filiale, Amérique profonde – et prend le temps de capturer, avec talent, une intimité en recomposition. (8/10)

 

Le Moins : Transcendance (2014). La science-fiction est un genre cruel, impitoyable, ne supportant ni les scripts confus, ni le manque d’imagination. Elle condamne la tiédeur et les incohérences autant qu’elle en appelle à une habileté de funambule, dressant une fosse aux reptiles sous la corde raide. Quand Wally Pfister, le (très bon) chef opérateur de Christopher Nolan, réunit autour de lui Johnny Depp, Rebecca Hall, Cillian Murphy, Morgan Freeman, Paul Bettany et Kate Mara, on s’estime forcément en droit d’attendre un retour qualitatif sur l’investissement financier. Mais cent millions n’ont jamais empêché une intrigue atone ou un retard à l’allumage, pas plus qu’un montage elliptique, un discours humaniste verbeux ou une dénonciation maladroite des avancées technologiques. Sorte de semi-réflexion inaboutie sur le transhumanisme, Transcendance narre la résurrection d’un savant par l’implantation de sa conscience dans un disque dur hyper-performant. Désormais étranger à tout carcan physique, le scientifique échappe en conséquence aux limites inhérentes à la nature humaine. Mais emploiera-t-il ses nouveaux pouvoirs pour mettre le monde en coupe réglée ou, au contraire, pour le sauver ?  Désincarnée, l’œuvre de Wally Pfister ne saurait se cacher derrière son petit doigt : elle a l’épaisseur d’un néon et le souffle d’un asthmatique en pleine crise. Inégale et mal rythmée, elle se saborde à coups de clichés, de rebondissements accidentés et de romantisme suranné. Il nous faudra en outre décerner une mention spéciale à Evelyn Caster, en lice pour le titre peu flatteur de chercheuse la plus écervelée et crédule de l’Histoire du cinéma. Réalisation académique, scénar exsangue, machine enrayée : si la démarche était sans doute sincère, le résultat n’en demeure pas moins hautement discutable. (4/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Suspiria" / Le Moins : "La Troisième Mère" (#45)

Le Plus : "Ascenseur pour l'échafaud" / Le Moins : "Replicant" (#44)

Le Plus : "Le Mur invisible" / Le Moins : "Supercondriaque" (#43)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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