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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 14:31

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Suspiria (1977). Opéra sanglant et baroque, Suspiria ouvre avec éclat un triptyque horrifique voué au surnaturel. Premier volet de la « Trilogie des Enfers », ce conte de fées cauchemardesque s’inscrit sans ciller dans les pas de Mario Bava, maître du giallo, sous-genre vénéneux à la croisée des chemins. Vague de terreur sans échappatoire, le film repose sur un échafaud sensoriel envoûtant, aussi pénétrant que dantesque. Aux couleurs vives soigneusement enchevêtrées se juxtapose ainsi une ambiance ténébreuse propre à caresser les sens et éprouver les nerfs. Pièce maîtresse d’un Dario Argento aujourd’hui aux abois, Suspiria pulse à la manière d’un muscle cardiaque, et démonte à lui seul les chaînes de montage des usines à rêves hollywoodiennes. Juché sur les échasses de la créativité, le cinéaste italien s’emploie à une danse macabre à tout rompre, une plongée immersive et glaçante au cœur d’une vieille académie allemande, gothique et hantée par une sorcière particulièrement menaçante. Théâtre de meurtres sanguinolents et insolites, l’institut semble croupir dans l’abjection la plus absolue, un monde clos oppressant, luciférien, esquissé à coups d’inserts (œil, lames, stigmates), de plans univoques (pichet brisé, gorge tranchée, pendaison) et de symboles visuels à peine voilés (ombres, reflets, mécanismes automatiques, couloirs dédaléens, éclairages bariolés et surréalistes). Non content de composer l’image au cordeau, Dario Argento déploie un arsenal d’effets et une bande-son écrasante au service de son récit, fable funeste et asphyxiante dont les filtres teintés et les schémas obsessionnels préfigurent l’ambitieux Inferno. Enchantement esthétique se doublant d’une horreur exacerbée, Suspiria n’est finalement rien de moins que l’expression, abrupte et fascinante, d’un fétichisme pluriel débarrassé de tout carcan cartésien. (8/10)

 

Le Moins : La Troisième Mère (2007). Une jeune archéologue libère accidentellement une inquiétante sorcière cherchant à mettre Rome sous sa coupe. Ne nous mentons pas : La Troisième Mère est à Suspiria ce que le biscuit pour chien est au filet mignon. Si jonction il y a, elle se veut encore plus artificielle que la pelouse de l’Anfield Stadium. Ultime volet de la « Trilogie des Enfers », ce conte horrifique s’égosille et s’époumone vainement, n’arborant tout au plus qu’un pathétisme moyennement assumé. Avec ses effets spéciaux rudimentaires, ses cabotins de seconde zone et son scénario moins consistant qu’une blague Carambar, le long métrage vaut surtout pour son témoignage éclairant, forcément impitoyable, quant à la condition d’un cinéaste désormais déconsidéré, en crise aiguë d’inspiration. Car cela ne saurait faire un pli : Dario Argento, à peine investi, se trouve plus que jamais en roue libre, avec une réalisation à l’avenant, fleurant à plein nez la série Z. Les scènes d’apocalypse s’avèrent finalement moins remuantes qu’un jour de soldes chez Ikea, tandis que la nuée abrutissante de sorcières gémissantes et débraillées renvoie vaguement au folklore entiché du bois de Boulogne. La Troisième Mère a beau convoquer prêtres, théologiens, médiums et alchimistes, il n’en demeure pas moins aussi absurde qu’un banquier suisse désargenté. Que penser, en effet, de cette apocalypse se réduisant à deux figurants s’agitant lourdement ?  Quid de cette sorcière occupée à lécher benoîtement et minutieusement les larmes de sa victime ?  Combien de personnages sous-développés et incapables de la moindre réaction cohérente ?  Unique élément à inscrire à la décharge de Dario Argento, la découverte du manoir hanté, sublimée par d’élégants plans-séquences, nous ramène des années en arrière, quand les explosions de couleurs criardes et la maîtrise formelle sous-tendaient furieusement Suspiria et Inferno. Insuffisant, évidemment, pour espérer contrebalancer ce qui ressemble étrangement à une farce grotesque. (3/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Ascenseur pour l'échafaud" / Le Moins : "Replicant" (#44)

Le Plus : "Le Mur invisible" / Le Moins : "Supercondriaque" (#43)

Le Plus : "Shotgun Stories" / Le Moins : "Le Crocodile de la mort" (#42)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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