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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 18:53

Il y eut Nikita, Jeanne d’Arc et, dernièrement, Lucy. Luc Besson a toujours eu un faible pour les héroïnes bigger than life, belles comme l’iconographie d’un livre d’art, inaltérables comme la coiffure d’une présentatrice télé. Lorsque lui a été proposé d’adapter à l’écran la vie d’Aung San Suu Kyi, le barbu trapu le plus célèbre du cinéma français a dû frétiller comme une carpe, d’abord d’excitation, puis d’orgueil. On l’imagine même se figurant secrètement une éventuelle réconciliation avec la critique, cette tourbe de philistins végétatifs, infréquentables, qu’il abhorre sans discontinuer depuis Le Grand Bleu. Car un grand seigneur doit savoir faire acte de clémence, et parfois même gracier les injustices les plus flagrantes.

 

Après un tournage clandestin en Thaïlande, Besson laisse filtrer de premiers indices et se hasarde à convier plusieurs journalistes dans l’espoir de présenter son projet dans les meilleures conditions. Il sait l’entreprise louable, la figure immaculée. Il ne doute ni de l’aura de l’activiste birmane, ni de sa propre capacité à sublimer le matériau mis à sa disposition – le fruit de trois années de recherches laborieuses menées par Rebecca Frayn. Il a réorienté le script, désembrumé les « méchants » et peaufiné son prêchi-prêcha sentimental, sorte de cascade de rapports cérébraux et mécaniques. Il s’est aussi délesté de toute complication ou ambiguïté superfétatoire : une déesse à la sensibilité de sismographe se heurtera avec conviction à une junte haineuse et grimaçante, moins chaleureuse qu’une gelée hivernale. Une main tendue à tout ce que la clientèle compte de décérébrés.

 

Béate est l’hagiographie, fade est le portrait. The Lady a beau se montrer instructif et pas trop mal branlé, il réduira néanmoins le mouvement démocratique birman à sa portion congrue. On ne saura jamais comment la dictature militaire est parvenue à se maintenir au pouvoir depuis 1962. On passera sous silence les raisons ayant poussé Aung San Suu Kyi à endosser le costume, ô combien kamikaze, de principale opposante et égérie d’un peuple opprimé. Et si le breuvage se soustrait parfois à sa saveur sirupeuse, il demeure toutefois à distance respectable d’un JFK ou d’un Harvey Milk. En orfèvre, Michelle Yeoh s’attèle à crever un écran finalement bien pâlot.

 

 

Lire aussi :

L’arbre qui cache la forêt

 "Soleil vert" : en partance pour l’enfer

Pour une poignée de dollars…

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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