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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 16:25

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Point limite (1964). Tous deux ont la déflagration nucléaire pour horizon commun. Cousin inavoué du Docteur Folamour de Stanley Kubrick, Point limite s’épanche néanmoins dans un registre dissemblable : à la farce atomique de l’ancien photographe se substitue une tonalité grave, éreintante, plus cérébrale que cynique. Le thriller d’anticipation de Sidney Lumet se dote d’une double épine dorsale, juxtaposant à la folie guerrière une incapacité patente à maîtriser et sécuriser l’appareil militaire, complexifié à outrance et en mutation constante. Les enjeux dramatiques sont de taille : comment freiner un bombardier ayant accidentellement reçu l’ordre de larguer un engin thermonucléaire sur Moscou, alors même que les instructions de l’état-major semblent condamnées à rester lettre morte ?  Bientôt, des millions de vies civiles seront soumises au bon vouloir politique et relèveront d’un échange téléphonique à quatre langues entre Washington et le Kremlin. Plus que toute autre chose, c’est le fil du rasoir que Sidney Lumet s’attache à mettre en scène, avec expérience et imagination. Il filme les espaces clos comme personne : au cordeau, de manière étouffante et nerveuse, en usant de contre-plongées et de cadrages tatillons, avec l’abstraction d’une décimation humaine en ligne de mire. Dans Point limite, le langage se révise volontiers à travers le prisme militaire ; les gros plans témoignent d’une panique intériorisée en marche ; et les écrans de contrôle surplombent des cadres de l’armée réduits à l’état de spectateurs, écrasés par le gigantisme des opérations en cours. La partie d’échecs qui se joue est d’envergure planétaire, illustration suprême de la guerre froide mettant aux prises URSS et États-Unis, le tout sous l’égide du chef opérateur Gerald Hirschfeld et du scénariste Walter Bernstein, qui tire de l’antagonisme entre marxistes et capitalistes une esquisse vitriolée de la nature humaine, frelatée par la haine, le dogmatisme et le pouvoir. Les chasseurs américains, lancés aux trousses de leurs propres bombardiers, sonnent comme un énième clou planté dans le cercueil d’un bellicisme aveugle et méprisant, support d’une technologie de pointe devenue incontrôlable. Rappelant en cela Douze hommes en colère, Point limite tisse avec ardeur un propos dense et éminemment politique, porté par une science exemplaire du cadre, des séquences en huis clos filmées à l’épure et des tirades fusantes parfaitement ciselées. Henry Fonda, Walter Matthau et Daniel O'Herlihy, pour ne citer qu’eux, forment les visages contrastés d’un cataclysme occasionné par la défaillance d’un infime transistor, amorce improbable de l’anéantissement de deux mégapoles – et capitales économiques – surpeuplées. Fallait-il d’autres preuves que la sensibilité et les convictions humanistes d’un président en exercice ne peuvent désormais plus rien face à une ingénierie militaire largement autonome, sur laquelle l’homme n’a plus la moindre prise ?  (10/10)

 

Le Moins : Annabelle (2014). Une toile grossièrement cirée et une tambouille qui sent le réchauffé. Fermement cramponné à ses modèles, Annabelle a tout du conte horrifique mal fagoté, au scénario aussi plat qu’une limande sous-alimentée et aux concepts désespérément éculés – de l’hémoglobine sur les murs et au plafond, une poupée démoniaque, des forces surnaturelles, un bébé en danger, une bigoterie fort dispensable… Le métrage, dérivé du convaincant Conjuring : Les dossiers Warren, a beau instiller une ambiance ténébreuse et se repaître d’une mise en scène pas trop mal ficelée, il souffre néanmoins d’une panne sèche d’idées, qui ne sera comblée que par des portes qui claquent, des couleurs joyeusement désaturées (esthétique seventies) et du jump scare boiteux en veux-tu en voilà. Et puisque les incohérences se trouvent clairement en libre-service, les deux principaux protagonistes se poseront bien peu de questions et ne chercheront même pas à fuir les phénomènes cauchemardesques qui, de toute évidence, les pourchassent inlassablement. Why not ?  John R. Leonetti n’est décidemment pas James Wan, producteur et inspirateur du métrage, bien plus habile et inventif que son successeur. Finalement, Annabelle, risible série B, moins épaisse que le fil dentaire, ne mettra que vingt minutes pour se dégonfler comme un ballon de baudruche. (3/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "La Garçonnière" / Le Moins : "Nos pires voisins" (#51)

Le Plus : "Sleepy Hollow" / Le Moins : "Malavita" (#50)

Le Plus : "Gentleman Jim" / Le Moins : "Aimer, boire et chanter" (#49)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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