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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 12:14

C’est une séquence-phare du cinéma : sous une averse diluvienne, Gene Kelly exécute un numéro de danse virtuose, enchanteur, empreint d’allégresse. Il tournoie autour d’un réverbère, fait virevolter son parapluie et amorce un jeu de claquettes dans des flaques aussitôt fendues sous ses pas. Il n’en faut pas plus pour que la machine à rêves se mette en branle, bondissante et euphorique ; pour que Chantons sous la pluie passe à la postérité, avec son cortège de chants et d’élans, de rythmes et de ruptures, fine fleur de la comédie musicale américaine.

 

Comédien, chanteur, chorégraphe, danseur et coréalisateur, le prodige Gene Kelly est au four et au moulin. Il investit la moindre parcelle du métrage, sorte de testament doux-amer sur la transition du muet au parlant, révolution cinématographique bienvenue, mais pas dénuée de victimes collatérales. Lina Lamont en sera d’ailleurs l’archétype, une interprète luttant pied à pied contre un succès déclinant et des avancées techniques inconciliables avec sa voix de crécelle. Sa déchéance professionnelle, amalgamée à celle de son glorieux couple, prend part à une mise en scène précise et imparable du Hollywood des années 1920, vertigineuse mise en abyme s’il en est.

 

Ainsi survint l’élément perturbateur. La désunion et l’arrivée en fanfare du son mettront en péril une paire de stars adulée, ayant longtemps polarisé attentions et projecteurs. D’une modernité folle, Gene Kelly et Stanley Donen font de la mutation du cinéma leur « core business » et mettent les partitions de Nacio Herb Brown au service d’une comédie musicale aussi inventive que fascinante. Enfiévrée, généreuse, la fresque boutera hors de l’ombre l’étincelante Debbie Reynolds, l’empêcheuse de tourner en rond qui lui confèrera sa saveur si particulière.

 

Au cœur du spectacle, en plein lyrisme, la prééminence accordée au rythme, à la chanson et aux mouvements sous-tend le numéro de charme, au même titre d’ailleurs que la photographie léchée de l’excellent Harold Rosson ou les splendides costumes de Walter Plunkett. L’immersion dans les coulisses du septième art, à rebours du vernis et des apparences, n’en sera que plus palpitante.

 

 

Lire aussi :

« Annie Hall » : l’amour en dents de scie

"Soleil vert" : en partance pour l’enfer

Le Plus : "La Garçonnière" / Le Moins : "Nos pires voisins" (#51)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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