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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 13:31

En pleine mutation, appâtée par les chants de sirène d’un capitalisme débridé, la Chine apparaît comme un empire indécis de curiosités et de frustrations. Brimbalant sur un trouble identitaire patent, dépositaire d’innombrables fractures sociales, elle fait la courte échelle aux néons étincelants, tandis que ses valeurs traditionnelles, cernées d’anxiété et de confusion, se plient à l’économie libérale mondialisée.

 

Diao Yi'nan flatte les atmosphères grisantes, les entours macabres et lugubres. On y noie son chagrin et son malaise en purgeant une fiasque enivrante, avant de se laisser déposséder, ivre mort, au bord d’une chaussée enneigée. On y fraie avec les lourdeurs bureaucratiques, une corruption endémique et des violences mouvantes. À coups de clairs-obscurs nocturnes, de plans-séquences élégants, et sous une lumière bouillonnante dominée par les teintes rouges et vertes.

 

À la dérive…

 

Diao Yi'nan n’a pas volé son Ours d'or. Avec talent, il échafaude un portrait désenchanté de la Chine provinciale, sans coup d’esbroufe, mais transporté par des ambiances cafardeuses conçues en orfèvre. Ancré en deux temps au cœur de la Mandchourie minière, son polar noir s’amorce, sans lambiner, par la mise au jour de cadavres odieusement découpés, disséminés çà et là, point de départ d’une enquête policière pluriannuelle, quelque peu reléguée au second plan par un sous-texte social mordant.

 

Alignant ruptures de rythme et de ton, fourrageant tant chez Howard Hawks que Carol Reed, Black Coal procède par accès fulgurants de violence et détournements sémiologiques – discothèque, salon de coiffure, patinoire et fête foraine s’y apparenteront bientôt à des mouroirs. Deux personnages centraux à la relation ambiguë se nichent évasivement en son sein, comme pour mieux autopsier un monde en crise : Liao Fan campe avec maestria un ancien inspecteur de police, aujourd’hui désavoué et reconverti dans la sécurité, alcoolique notoire obsédé par une affaire qui le tourmente incessamment ; Gwei Lun-Mei interprète une jeune employée de pressing, aussi discrète que mélancolique, autour de laquelle la mort frappe assidûment.

 

Contempteur d’une société chinoise à la dérive, Diao Yi'nan élabore et agence de petits blocs narratifs aux rendus variables. Il gratte la surface, brisent les tabous, fait pousser le drame sur le terreau socioéconomique. Surtout, il filme à l’épure une tension sourde, matelassée, qui atteindra son apogée à travers une ultime allégorie du soulèvement populaire, forcément inattendue.

 

 

Lire aussi :

The Dark Knight Rises, épilogue d’une saga apocalyptique

"Soleil vert" : en partance pour l’enfer

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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