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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 21:39

Trois heures pour saisir la quintessence de l’infamie. Flanqué d’une réputation de seigneur de l’entertainment, Steven Spielberg relègue pourtant à l’arrière-plan toute velléité de divertissement au moment de porter au cinéma le roman de Thomas Keneally, fable cauchemardesque revisitée par le scénariste Steven Zaillian, érigeant l’horreur fasciste en cadre déshumanisant et suffocant. Drame dense et douloureux, La Liste de Schindler narre la vie d’un homme d’affaires nazi (Liam Neeson, étincelant), personnalité opportuniste et ambivalente qui permît néanmoins à plus de 1100 juifs polonais d’échapper à l’extermination, alors même que l’imagination biscornue de l’armée allemande s’en remettait volontiers à l’ostracisme, aux atrocités et aux crimes de guerre – Ralph Fiennes, impitoyable directeur de camp, personnifiant d’ailleurs à lui seul l’entière monstruosité du régime hitlérien.

 

Tourné en Pologne sur les lieux originels du drame, mettant à contribution la photographie en noir et blanc de Janusz Kamiński, Spielberg tapisse son œuvre d’une authenticité louable et pose un regard compassionnel sur ces hommes, femmes et enfants victimes de la cruauté nazie, sacrifiés sans ménagement entre humiliations publiques, assassinats expéditifs et massacres de masse. Virtuose tant dans la reconstitution du ghetto de Cracovie que dans son effroyable liquidation, le cinéaste américain capture et immortalise les événements caméra à l’épaule, tout en dépouillant l’Histoire de certaines nuances qui auraient pu ébrécher la rigueur morale de son métrage – notamment les pots-de-vin versés par certains juifs pour figurer sur ladite liste. En marge du flot ininterrompu de larmes, de sueur et de sang, les cadres du régime national-socialiste menaient une vie prospère, quasi mondaine, et se prévalaient d’un pouvoir absolu, deux traits constitutifs habilement mis en lumière par Steven Spielberg.

 

Succès d’estime doublé d’un triomphe populaire, La Liste de Schindler adopte un point de vue inédit à l’égard de l’holocauste, celui d’Oskar Schindler, figure mercantile ambiguë dont le comptable, interprété par un Ben Kingsley investi, constitue la conscience silencieuse. Une singularité conceptuelle qui, conjuguée aux prouesses techniques de Spielberg, justifie sans doute la rafle que le film opéra en son temps aux Oscars.

 

 

Lire aussi :

« Annie Hall » : l’amour en dents de scie

« Laura » : le fantôme qui vous hante

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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