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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 11:20

Sanctuarisé par les amateurs d’épouvante, érigé en parangon du cinéma indépendant, La Nuit des masques est considéré, à juste titre, comme l’une des œuvres fondatrices du slasher movie. John Carpenter y donna naissance à Michael Myers, bourreau psychopathe fraîchement échappé de l’asile, venu hanter Haddonfield, la banlieue fade et proprette de son enfance. Au cœur de cet écrin rural paisible et verdoyant se glissent alors une menace insidieuse, une angoisse glaciale, qu’aucune rémission ne viendra soulager.

 

Conte anxiogène peuplé de faux-semblants et d’effroi, La Nuit des masques emprunte sans lambiner la voie horrifique, s’amorçant dans une séquence en vision subjective durant laquelle le public épouse le point de vue de Michael Myers, encore enfant, tandis qu’il s’apprête à poignarder sauvagement son aînée. Les mouvements de caméra ont beau y apparaître incertains, on ne saurait mieux planter le décor, forcément cauchemardesque, et en lente déliquescence. S’ensuivra une présentation sommaire des lieux et protagonistes, très plan-plan, à travers un chapelet de palabres interminables. Il faudra alors se faire une raison : la trame se tissera autour d’un cercle d’adolescents vaquant à de vaines occupations, porte (grande) ouverte à une première partie mollassonne, sans souffle ni réelle vision.

 

Erratique à défaut d’être lancinante, la tension naviguera ensuite crescendo, auréolée de plusieurs attributs iconiques mémorables – le fantôme à lunettes, le placard, le tortionnaire névropathe tapi dans l’ombre… Pendant que John Carpenter fabrique des ruptures figuratives à un rythme industriel, Haddonfield expérimente les processions de sacs mortuaires, les cris étouffés et les cliquetis de saignoirs. Une représentation de l’horreur larvée, mise à mal par quelques béances tenaces : la reproduction continuelle de plans presque identiques (vues sur le trottoir faisant front, habitations filmées en plan serré) ; l’invocation de personnages superficiels, voire homéopathiques (les adolescent(e)s, le psychiatre, le policier) ; une citadelle involontaire de l’absurde (réactions surfaites ou incohérentes). Des vices de conception irritants, péniblement irrigués par une mise en scène inégale, globalement plus fonctionnelle qu’inspirée. L’un dans l’autre, La Nuit des masques semble à l’image de Jamie Lee Curtis, son illustre tête de gondole : ni désagréable, ni remarquable.

 

 

Lire aussi :

« Psychose » : corbillard à deux conducteurs

Pour une poignée de dollars…

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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