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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 14:15

Ricardo Trogi caresse deux ambitions à très court terme : perdre sa virginité et faire de l’oseille. Du haut de ses dix-sept ans, il sillonne la vieille ville de Québec au volant d’une guimbarde délabrée qui ferait même honte à Oliver Twist. Non pas qu’il passe pour déshérité, mais il rechigne obstinément à besogner et n’aspire véritablement qu’à une chose : inaugurer une discothèque destinée aux 14-18 ans, trop souvent laissés sur le carreau à son goût. Sûr de son fait, il sait sa prospérité en sommeil et tient pour quantité négligeable les conseils d’un patriarche dont il cherche prestement à s’affranchir. Méconnaissant les rouages mal graissés du crédit, il présentera à son banquier un photo-roman en guise de business plan et se verra dès lors privé de tout financement. Sa solution de repli ?  Embrasser la carrière hasardeuse de mafioso en herbe, entouré d’une volée de faire-valoir qui s’ignorent.

 

À la fois réalisateur et principal protagoniste, Ricardo Trogi échafaude un (second) récit autobiographique empreint de nostalgie et de tendresse. Dans une veine romantico-comique, il se remémore cette époque angoissante où il lui fallait franchir tous les caps – amoureux, professionnels, identitaires. Une transition douloureuse, tourmentée, entre une adolescence ouatée et une vie d’adulte où soudainement s’amoncellent les contraintes. Outre cette lancinante quête initiatique, 1987 forme un précieux témoignage sur le temps qui s’égrène, les premiers émois, les coups fourrés et cette insouciance juvénile subitement tempérée par les épreuves. Une chronique douce-amère servie par des répliques mordantes, une authenticité louable et une mise en scène efficace, portée par plusieurs fulgurances, dont un plan-séquence de sept minutes au cours duquel un Ricardo au mieux embarrassé, nouvellement embauché dans un restaurant, doit confesser avoir accidenté la flamboyante BMW d'un client fortuné. Un numéro d’équilibriste néanmoins fragilisé par le déplacement de son centre de gravité, migrant en fin de parcours du portrait générationnel vers une romance convenue et quelque peu surannée.

 

 

Lire aussi :

"Soleil vert" : en partance pour l’enfer

Pour une poignée de dollars…

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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