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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 19:41

Un quelconque sentiment d’appartenance à une classe supérieure peut-il justifier l’assassinat méthodique d’un être jugé moindre ?  En revisitant le concept du « surhomme », Hitchcock s’inscrit à la remorque de Nietzsche et pénètre par allusion le temple rompu du nazisme. Caractérisé par le nihilisme de ses deux antihéros, La Corde tient avant tout du défi technique, puisque s’y succèdent onze séquences filmées au cordeau, raccordées avec discrétion, sans changement apparent de plan. Adapté d’une pièce de Patrick Hamilton, ce drame psychologique se déploie en huis clos dans un vaste appartement new-yorkais, où une caméra mouvante capture et immortalise les incidences fâcheuses d’un enseignement perverti, celui de Rupert Cadell, professeur iconoclaste dont les théories sur le meurtre ont pour effet pernicieux de désinhiber Brandon Shaw et Phillip Morgan, deux figures machiavéliques frayant de conserve avec l’amoralité.

 

Sans éteignoir, chargé de cynisme, Alfred Hitchcock transforme une modeste réception en récréation malsaine, où deux assassins enorgueillis trompent crânement les proches de leur victime, recourant volontiers aux non-dits et trompe-l’œil dans un éloge ambigu du meurtre gratuit. Une parade de paon qui, à force d’arrogance, finira par éveiller des soupçons légitimes. Théâtral dans son architecture, amarré aux trois unités, La Corde met tous ses composants au service du récit : les échelles de plan variables, les numéros d’acteurs enlevés, la tension croissante, les tirades bondissantes, et même les reflets saillants des enseignes lumineuses. De cette première collaboration entre James Stewart et le maître du suspense découle une interrogation glacée des conventions sociales, doublée d’une représentation subjacente de l’homosexualité, suggérée dans le texte, mais aussi par une chambre à coucher commune. Ces deux mêmes mamelles nourriront d’ailleurs L'Inconnu du Nord-Express, réalisé trois années plus tard. Si Robert Walker s’y substitue avec succès à l’impérial John Dall, Farley Granger y occupe à nouveau le haut de l’affiche. Comme un ultime écho au cœur du versant le plus fétide du cinéma hitchcockien.

 

 

Lire aussi :

Bernard Herrmann, l’atout caché – LSV #3

Le Plus : "Frenzy" / Le Moins : "L’Ombre d’un soupçon" (#18)

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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commentaires

Caddie Chemla 26/01/2016 00:05

http://www.disparusdemourmelon.org

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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