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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 10:12

Ainsi, trente années plus tard, le vieillissant George Miller enrichit son Mad Max d'un choeur enjoué de tôles froissées, et le réinterprète en usant des touches les plus biscornues de son clavier cinématographique. Si les invariants l'emportent sur les changements, son désert post-apocalyptique se confondant toujours avec un coupe-gorge faisandé, il porte cette fois le spectacle à incandescence, engageant sa caméra dans des courses folles, à la remorque d'engins motorisés indéterminés et à travers des confins sablonneux aux ressources épuisées. Pas de discours artificieux et un unique principe unificateur : des poursuites furieuses et effrénées en terrain hostile, bercées par des balles sifflantes, des déflagrations subites et des guitares hurlantes. Une constellation de gueules cassées peuple cet horizon menaçant et contrarié, réceptacle d'une perdition érigée en état permanent, immortalisée dans ses ruptures et outrances par des plans vertigineux qui décrassent les yeux et renversent les perspectives.

 

Pendant que le désert se plie à une fanfare de bolides tonitruants, ses collines pierreuses servent de refuge à une dictature spoliatrice dont les arrière-cuisines fleurent bon le soufre et la privation. Le corps enkysté et meurtri, sous respiration artificielle, Immortan Joe foule aux pieds la dignité humaine et laisse son emprise, inflexible, fleurir sur le terreau fertile de l'indigence. Dépositaire d'importantes réserves d'eau dans un milieu aride et perclus de chaleur, il organise les pénuries et le dénuement avec la volonté obstinée d'asseoir une mainmise sur des tourbes plongées dans la détresse et le besoin. Deux personnages charismatiques et éprouvés s'apprêtent néanmoins à lui mettre des bâtons ferrés dans les roues : Max, un « globulard » marginal et solitaire, et Furiosa, une impératrice insubordonnée bien résolue à prendre la tangente avec ses cinq épouses, désormais émancipées. Soit un écorché vif au cuir épais et une horde de femmes aussi sculpturales qu'ivres de liberté. De quoi joindre au sous-texte écologique et politique quelques allusions franches au combat féministe.

 

La révolte des sept affranchis ne sera évidemment pas sans effet. L'affreux Joe ne tardera pas à lancer ses nervis sanguinaires et survoltés aux trousses des impudents, point de départ d'une course-poursuite inénarrable, palpitante, d'une grandeur étourdissante. Action esthétisée et sublimée par le travail de John Seale, clairs-obscurs et teintes contrastées en plein coeur de la nuit, tempête de sable iconique restituée au cordeau, frénésie parfaitement cadrée, caméra ultra-mobile dénuée de tout carcan, construction scénique ingénieuse et perpétuellement lisible : ce Mad Max n'a sans doute pas le relief dramatique d'un thriller hitchcockien, mais son pedigree cinématographique n'en demeure pas moins fascinant et jouissif. À l'image d'ailleurs des performances de Tom Hardy et Charlize Theron, unanimement saluées, d'égale teneur et en parfaite symbiose.

 

 

Lire aussi :

« Annie Hall » : l’amour en dents de scie

« Laura » : le fantôme qui vous hante

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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