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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 20:44

Le terroriste n'est pas toujours cet être assoiffé de sang que les médias jettent volontiers en pâture à la vindicte populaire. Sa cause recèle parfois une justesse indiscutable, même si ses méthodes prêtent, par leur nature, à débat. Jusqu'où est-on en droit d'aller pour défendre des principes nobles, démocratiques et/ou humanistes ? Quels enjeux sous-tendent les attentats et leurs dommages collatéraux ?

 

En cinq actes, Albert Camus nous envoie dans le Moscou de 1905, au coeur même d'une cellule terroriste composée de socialistes révolutionnaires opposés à la tyrannie d'un pouvoir qui asservit et opprime le peuple. Réunis dans un appartement aux allures de quartier général, les cinq séditieux projettent d'assassiner le grand-duc Serge, coupable de gouverner la ville en despote. Après des semaines de filature et une planification méticuleuse, le groupe est persuadé de parvenir à ses fins : faire parler la poudre et attenter à la servitude des masses, quitte à périr sur l'échafaud.

 

Comme dans toute entreprise, des déficits relationnels et des divergences de vues plus ou moins affirmées vont se faire jour, de même que des questions d'ordre moral. Le doute va s'immiscer parmi les révolutionnaires, l'esprit de camaraderie s'étioler, et les idéaux se trouver en butte aux dures réalités. Le sacrifice d'enfants innocents est-il concevable au nom de « la cause » ? Faut-il s'embarrasser de scrupules quand il s'agit de lutter pied à pied contre l'oppresseur ? Les échanges sont vifs, enfiévrés, et mettent à nu les caractères des différents protagonistes.

 

Albert Camus greffe une remarquable histoire d'amour à son intrigue principale, et prend soin de peindre ses personnages à traits fins, préférant les interroger plutôt que les laisser figés dans des postures prédéterminées, créant entre eux des tensions parasitaires et une relative défiance. Chaque confrontation, habilement scénarisée, livre ses enseignements et ajoute de l'ampleur au récit, dont on ne peut qu'apprécier les nuances et l'humanisme contrarié. Car ces Justes nous rappellent que le monde n'a rien de binaire ni de schématique, mais qu'il projette sur toute chose une multiplicité d'états.

 

 

Lire aussi :

« Ripley Bogle » : odyssée irrésolue d’un sans-logis

« Eureka Street » : Belfast la corrompue, Belfast l’incandescente

« La Ferme des animaux » : à fleur de groin

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Published by Jonathan Fanara - dans Culture
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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