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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 20:33

Les zombies sont nus, en lambeaux, tenaces, mus par un réflexe alimentaire animal. Une seule de leurs morsures suffit à vous infecter, à vous transformer en bête immonde assoiffée de sang. Pour en venir à bout, il vous faudra impérativement viser la tête, la réduire en miettes, la fendre ou la perforer. C'est dans un petit coin de Pennsylvanie que George Romero codifie le mort-vivant cannibale appelé à devenir le parangon du cinéma d'épouvante. Du haut de ses vingt-huit ans, et avec quelque 114 000 modestes dollars, le cinéaste new-yorkais charpente une oeuvre fondatrice, qui prolonge et réinitialise l'héritage de Victor Halperin, Jacques Tourneur, John Gilling ou encore Sidney J. Furie. Désormais, le zombie, en piteux état, se nourrit de chair humaine, se traîne péniblement jusqu'à sa proie et se voit dépourvu de mémoire comme de fonction cognitive.

 

Par économie de moyens, l'image est d'un noir et blanc rudimentaire, l'action se déroule presque entièrement en huis clos dans un décor unique, et le cadrage reste souvent serré, d'un style documentaire, clinique et dépouillé. Une marque visuelle fauchée et crasseuse, mais précisément au diapason des ambitions de Romero. La caméra, portée à l'épaule, sculpte l'espace, satirise la famille et sonde une communauté humaine désunie, sommairement barricadée, menacée de mort, et plongée dans le plus grand désarroi. Une vision apocalyptique grandement inspirée de Richard Matheson, et renforcée par la radio et la télévision, qui évoquent à tour de rôle la « démarche singulière » des zombies, les travailleurs coincés loin de leur famille, les routes bloquées, une possible mobilisation de la Garde nationale et les causes potentielles du chaos qui règne désormais sur le pays, à savoir une mutation causée par les radiations d'un satellite.

 

Réalisateur, monteur, chef opérateur et scénariste, George Romero a une emprise absolue sur La Nuit des morts-vivants, qu'il exploitera en osant quelques habiles transgressions. Ainsi, la première attaque du film possède un relief comique certain, le héros épouse les traits d'un jeune routier afro-américain, une fillette zombifiée attaque sauvagement ses parents démunis, et la conclusion revêt un nihilisme assez radical – et passablement jouissif. Comme toute première tentative, celle-ci comprend néanmoins son lot de maladresses, dont une photographie grossière et un rythme inégalement géré. Mais il n'empêche que ce volet inaugural de la « saga des zombies » fera immanquablement date, ensemençant un sillon horrifique qui mènera plus tard à Halloween, Massacre à la tronçonneuse et Le Projet Blair Witch.

 

 

Lire aussi :

"Inside Llewyn Davis" : la sacralisation du perdant

« Douze hommes en colère » : le procès dont vous êtes le juré

Le Plus : "Suspiria" / Le Moins : "La Troisième Mère" (#45)

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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