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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 06:12

Quelques mois à peine avant la disparition tragique de Martin Luther King, en plein mouvement des droits civiques, Norman Jewison prit le parti de porter sur grand écran un roman de John Ball plongeant ses racines dans le racisme ordinaire et la discrimination encore à l'oeuvre dans les anciens États esclavagistes du sud des États-Unis. Bercé par les partitions inspirées de Quincy Jones, échafaudé selon un montage remarquable – et remarqué – de Hal Ashby, Dans la chaleur de la nuit prend effet dans une petite ville ségrégationniste du Mississippi, où le racisme apparaît de manière institutionnalisée, comme peuvent en témoigner les agissements vitupérables d'un shérif tout sauf scrupuleux, le cynique et peu affable Bill Gillespie, campé par l'oscarisé Rod Steiger. C'est dans ces contrées inhospitalières, au fort potentiel de sidération, que le policier noir Virgil Tibbs, en poste à Philadelphie, va subir une injustice apparemment des plus courantes : il est arrêté sans ménagement dans un hall de gare, alors qu'il attend tranquillement une correspondance, et se trouve accusé, sans le début d'une preuve, d'un meurtre qui vient d'être commis à quelques encablures de là. Relâché après quelques heures sans l'expression du moindre regret, il se voit néanmoins contraint de coopérer avec les forces de l'ordre locales afin de démasquer le vrai coupable...

 

Entre Le Kid de Cincinnati et L'Affaire Thomas Crown, quelques années avant la dystopie glaçante Rollerball, Norman Jewison radiographie avec talent le quotidien d'une petite ville américaine vampirisée par un racisme endémique et une agrégation d'idées préconçues, menant des combats d'arrière-garde avec une volonté inébranlable. Respectant à la lettre les codes classiques du polar – faux suspects, enquête à cloche-pied –, Dans la chaleur de la nuit prend appui sur des sujets plus que jamais en prise avec l'actualité, confrontant des policiers mesquins, suants et peu regardants à un agent noir soucieux de débusquer une vérité qui ne cesse de se dérober. Classique antiraciste, le film de Norman Jewison ne se contente pas de sonder une police dysfonctionnelle, mue par les préjugés, incapable d'évaluer correctement l'heure d'un homicide, ou de déterminer le déplacement d'un cadavre ; il permet surtout, par une reconstitution probante, une plongée vertigineuse là où les plaques minéralogiques côtoient le drapeau confédéré, où les champs de coton s'étendent à perte de vue, où le petit personnel des maisons bourgeoises arbore la même teinte de peau que les faux coupables que des bandes ensauvagées pourchassent jusque dans des entrepôts désaffectés. Interprété par l'excellent Sidney Poitier, le premier acteur noir à s'être imposé à Hollywood, le flegmatique et rusé Virgil Tibbs, loin de toute posture victimaire, finira par reformater le jugement du shérif Gillespie et dévoiler les tenants et aboutissants d'un crime crapuleux. Sans se montrer ni revendicatif ni trop démonstratif, Norman Jewison parvient habilement à une forme de cinéma mature et engagée, très éloignée des potions sédatives servies tous les quatre matins.

 

 

Lire aussi :

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"Shining" : la folie des éléments

Le Plus : "Shotgun Stories" / Le Moins : "Le Crocodile de la mort" (#42)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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