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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 18:39
« Fedora » : tout n’est que fiction

Sous Billy Wilder, Hollywood se drape dans des atours d’astre mort. Pénétré à larges flots par une mélancolie crépusculaire, indexé au déchirement, l’épicentre du cinéma américain se fend d’une moue aguicheuse, mais repousse toujours plus loin l’horizon des secrets inconnaissables, épiphanies de l’être et tristesses inconsolables. Observateur attentif d’un milieu qu’il se garde de révérer, le héraut du film noir étudie plus avant ce monde clos où les perversions circulent plus vite que l’entendement. Miroir inversé de l’impérissable Boulevard du crépuscule, Fedora se perche aux côtés d’Alfred Hitchcock et Joseph L. Mankiewicz, évidant par rangées de douze les simulacres et faux-semblants d’un star-système gangréné, cristallisé à la faveur d’une cérémonie mortuaire fallacieuse et à travers des murs tapissés de photographies triées sur le volet.

 

Tirée d’une nouvelle de Thomas Tryon, l’avant-dernière réalisation de Billy Wilder, alors septuagénaire, porte en son sein un regard désabusé, pourfendeur d’une gloire addictive prompte à garrotter toute vedette en voie de déchéance. Existences interchangeables et soif de jeunesse s’y expriment de conserve, servant de levier à un conte machiavélique où les fantasmes d’une mère démissionnaire se projettent sur sa fille fragilisée, sans discontinuer et avec le zèle du dévot. Construit en flashbacks explicatifs, ce mélodrame de facture classique voit l’art et la vie se réinjecter perpétuellement l’un dans l’autre, comme s’ils émanaient d’un imaginaire commun, branché sur un verbe conjugué au cynisme, porté haut par la paire Marthe Keller-Hildegard Knef.

 

Équilibré par la plume du fidèle I. A. L. Diamond, Fedora se peuple de personnages aussi tourmentés que saugrenus : un producteur sur le retour obsédé par une comédienne retraitée, une ancienne star fermement cramponnée à la célébrité ou encore un chirurgien plastique à l’éthique toute personnelle. Non content de ruer dans les brancards, Billy Wilder se rend maître d’une tension allant crescendo et sonde le vampirisme hollywoodien, tout en prenant acte d’une vague de renouveau symbolisée par quelques « barbus » dont l’art consisterait à « filmer dans la rue avec une petite caméra », allusion à peine voilée aux Steven Spielberg, George Lucas, Terrence Malick ou Brian De Palma. Ainsi, aux flèches empoisonnées vient se greffer un vent de nostalgie que William Holden et Henry Fonda semblent porter tout entier sur leurs épaules voûtées.

 

 

Lire aussi :

« Alice dans les villes » : le vertige des abîmes

« Gone Girl » : la femme qui n’aimait pas les hommes

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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