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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 18:34
Le Plus : « Anomalisa » / Le Moins : « Dernier train pour Busan » (#59)

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Anomalisa (2015). S'il est un film qui porte la désillusion en bandoulière, c'est forcément celui-ci. Parce qu'il ne cesse de scander l'inassouvissement, notamment familial et amoureux, mais aussi parce qu'il exploite ses partis pris figuratifs pour témoigner de l'insistante uniformité des hommes. Les visages s'apparentent à des masques dénués de charme, les voix se mêlent et se confondent étrangement, les postures semblent las, presque dévitalisées. Avec talent, les réalisateurs Charlie Kaufman et Duke Johnson façonnent un monde déshumanisé duquel seule se distingue l'accidentée Lisa : commune, peu sûre d'elle, elle parvient néanmoins à électriser Michael, l'expert en relation client faisant figure d'antihéros, copie quasi caricaturale du père de famille quinquagénaire parfaitement désenchanté, l’âme en peine et le coeur en suspens. Anomalisa opte logiquement pour des procédés sensitifs quand il s'agit de singulariser son héroïne : sa voix paraît déifiée, à contre-courant de l'homogénéité grisante qui s'exprime partout, dans les avions comme dans les hôtels. La rencontre des deux protagonistes, la vedette d'entreprise et la jeune femme disgracieuse, n'est en fait qu'une énième occasion de moquer les pantins charnels que nous sommes : maladresses, fragilités et inconfort permettent à Charlie Kaufman de poursuivre son travail d’explorateur du genre humain, dans un monde tristement colonisé par le syndrome de Fregoli (ingénieusement, c'est le nom que porte l'hôtel du film). Pour ceux qui en douteraient encore, on est en présence d'une animation strictement réservée aux adultes : il en va ainsi du long cunnilingus immortalisé en stop motion comme de l'escale dans un sex-shop ou de cette nudité exposée avec largesse et sans ménagement, mais aussi du désespoir inexpiable et permanent qui fait la saveur aigre d'Anomalisa. Les cyniques et les farceurs diront, peut-être à raison, que la décalque est rigoureusement fidèle au modèle. (8/10)

 

Le Moins : Dernier train pour Busan (2016). Souvenez-vous : en 2013, Marc Forster nous gratifiait, dans un World War Z décevant, d’une scène où des zombies survoltés déciment un avion entier. Yeon Sang-ho applique ici le même principe, mais déporte cette fois l’intrigue en Corée, dans un TGV parcourant un pays en pleine apocalypse. Les similitudes entre les deux oeuvres ne s’arrêtent pas là, toutes deux s'accommodant d'un même genre, le blockbuster horrifique, et faisant la part belle aux morts-vivants. La bonne réception de Dernier train pour Busan n’en est finalement que plus surprenante. Il ne s'agit évidemment pas de taire ses tentatives les plus louables : gestion habile de l'espace ; caméra circulaire dans une toilette, avec jeu de miroir ; plans saisissants, dont celui d'une fillette immobile pendant que des masses zombifiées se ruent derrière elle ; tableaux apocalyptiques spectaculaires et souvent soignés ; réalisation nerveuse et quelquefois ambitieuse... Mais ces caractéristiques dissimulent mal bon nombre de clichés, d'incohérences et de faiblesses conceptuelles : une femme enceinte parvenant à rattraper à la course un train en marche ; le regard culpabilisant d’une petite fille envers son père, lequel se veut naturellement en quête de rédemption ; des jeunes gens gorgés d’altruisme et de vertus ; un grand patron cynique, absolument insensible aux autres et prêt à sacrifier n'importe qui pour son propre salut ; des processus de zombification dont la durée peut sensiblement varier selon l’importance des personnages et/ou les besoins de l’intrigue… Difficile de ne pas croire que s’il s’était agi d’un film américain, la critique aurait été autrement plus sévère. Elle aurait certainement moqué ces valeurs familiales péniblement véhiculées. Elle aurait sans doute trouvé sommaire le traitement des différents caractères. Elle aurait peut-être pointé du doigt les limites d’un scénario filiforme dont la première préoccupation semble être sa fonctionnalité. Elle aurait surtout déploré une certaine paresse d'écriture et un déficit évident d'inventivité. (4/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : « Frankenweenie » / Le Moins : « Paul » (#58)

Le Plus : « Café Society » / Le Moins : « The Neon Demon » (#57)

Le Plus : « The Player » / Le Moins : « Jason Bourne » (#56)

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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