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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 20:43
Benoît Hamon : les raisons d'un échec

En cinquième position, à moins de 7%, éliminé dès le premier tour, après que Manuel Valls et Jean-Yves Le Drian, parmi tant d'autres cadres socialistes, aient fort opportunément choisi de filer chez les « marcheurs » d'Emmanuel Macron. Le destin présidentiel de Benoît Hamon se sera finalement résumé à une campagne en demi-teinte, pas dénuée d'idées ni d'intérêt, mais obturée par une personnalité réservée qui préférait dire « nous » là où la monarchie élective inhérente à la Vème république préconise plutôt un « je » sûr de son fait, solennel, presque autoritaire. C'est sans doute là, entre le plomb et l'aplomb, que réside le premier des nombreux écueils qui furent fatals au candidat du PS.

 

Minoritaire au sein de son propre parti, dépositaire malgré lui des années Hollande, dont il fut pourtant l'un des plus célèbres « frondeurs », l'ancien président du Mouvement des Jeunes Socialistes dut notamment faire face à trois candidats charismatiques, leaders incontestés de mouvements politiques agrégés autour d'eux, leur étant entièrement et inconditionnellement subordonnés. Ainsi, face à la verve radicale et impérieuse de Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, contre les élans enflammés d'Emmanuel Macron, le candidat autoproclamé du renouveau, Benoît Hamon, esseulé, semblait un peu fade, jamais assez mordant, au point d'ailleurs d'être snobé par la presse, qui a très vite réduit son champ de vision aux quatre candidats qui se disputaient la faveur des sondages. L'autre grand prétendant à la présidence fut évidemment François Fillon, esquinté par les affaires, démonétisé par les révélations du Canard Enchaîné, mais confirmé à la tête d'une redoutable machine électorale, qui remporta presque toutes les élections locales organisées durant le quinquennat de François Hollande.

 

Si le navire socialiste a coulé – Benoît Hamon a parlé de « sanction historique » –, ce n'est pas seulement à cause des lacunes en communication de son candidat. Ce dernier a certes échoué à construire un véritable récit présidentiel, il a souvent paru effacé lors des débats télévisés, mais son programme n'a pas non plus rencontré l'écho espéré. Quand il a été question du revenu universel, sa mesure-phare, on a moqué une folie dépensière sans même se questionner sur le modèle de société actuel, qui contraint chaque jour des millions de personnes à l'indigence, qui cumule non-recours aux droits sociaux et déficits économiques abyssaux. Quand il a défendu une taxe Sismondi sur les robots, on a argué que le Japon, la Corée ou l'Allemagne menaient déjà la danse industrielle et que la situation française allait encore empirer, alors qu'il s'agissait avant tout de préserver l'État-providence à l'heure de la désindustrialisation et du tout-numérique. L'économiste américain Robert Gordon pourrait certainement valider cette ligne, lui qui croit en une stagnation séculaire engendrée par des nouvelles technologies pauvres en perspectives de croissance. Le débat démocratique en sort escamoté, alors qu'il était déjà considérablement affadi par les affaires, et c'est d'autant plus dommage que les enjeux de demain, notamment écologiques, furent essentiellement portés par Benoît Hamon, là où d'autres se préoccupaient surtout de freiner l'immigration ou de supprimer des postes de fonctionnaire – piètre vision, vous l'admettrez.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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