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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 15:46
Heurts à Caracas (mai 2017 / photographie extraite du site la-croix.com)

Heurts à Caracas (mai 2017 / photographie extraite du site la-croix.com)

Fin 2016, l'Arabie saoudite fut contrainte de se tourner vers les marchés financiers pour un premier emprunt de grande ampleur. Fort d'un confortable matelas financier encore estimé à plus de 730 milliards de dollars en 2014, le royaume wahhabite, désormais déficitaire, a également dû puiser dans ses réserves à la faveur de la crise pétrolière qui a plongé les cours mondiaux à des niveaux planchers, tutoyant aujourd'hui, péniblement, les 50 dollars. Les revenus de Riyad dépendant aux trois quarts de ses recettes d’hydrocarbures, il a fallu à ses dirigeants amputer de presque 200 milliards de dollars ses réserves de change pour maintenir l'économie à flot. Afin d'entraver l'effondrement du baril (-60% en deux ans), le premier exportateur mondial de pétrole a négocié avec les pays membres de l'OPEP, la Russie et dix autres États une réduction de la production d'or noir de près de 1,8 million de barils par jour (sur un total de 95 millions) au premier semestre 2017. L'accord, prolongé jusqu'en mars 2018 avec la Russie, a pour objectif de faire remonter les cours du pétrole, déprimés par la conjoncture économique mondiale, mais aussi par la production des huiles de schiste en provenance des États-Unis, qui tendent à neutraliser les effets bénéfiques escomptés suite à la réduction coordonnée de l'offre. In fine, les prix demeurent pourtant très volatils et les bons résultats des grandes compagnies pétrolières peinent à masquer un pessimisme au mieux mesuré.

 

Le Venezuela de Nicolás Maduro se porte encore plus mal que l'Arabie saoudite. Toutes les fragilités des économies pétrolières s'y expriment puissance vingt. Et les citoyens attendent d'autant plus impatiemment une hypothétique remontée des cours qu'ils en paient actuellement les pots cassés. On savait qu'Hugo Chávez avait peu oeuvré à la diversification de l'économie vénézuélienne, qu'il était coupable d'avoir sous-investi dans l'agriculture et l'industrie en période faste. On ignorait en revanche à quel point cela allait porter atteinte au pays de la révolution bolivarienne : réserves de change en voie d'épuisement, hyperinflation à trois chiffres, pénuries alimentaires et de produits de première nécessité, manifestations populaires réprimées dans le sang... Le Venezuela se présente comme l'archétype du pays qui importe tout, comptant sur la manne pétrolière pour (sur)vivre au quotidien. Le hic, en temps de vaches maigres, c'est-à-dire quand les cours du baril sont au plus bas, c'est que les devises se raréfient dangereusement et servent essentiellement à assurer le remboursement de la dette. Les pénuries se succèdent alors les unes aux autres et les files d'attente s'allongent à perte de vue devant les supermarchés, dont les rayons se dégarnissent à mesure que les réserves de change s'amenuisent. Aujourd'hui, les manifestations de colère pullulent et l'orage séditieux menace de gronder. La situation paraît d'autant plus explosive que le pouvoir socialiste a tenté d'affaiblir le Parlement en transférant ses compétences au Tribunal suprême de justice, proche des chavistes du PSUV. Un référendum révocatoire devait par ailleurs être organisé par l'opposition, désormais majoritaire à la Chambre, mais le Conseil national électoral, très partisan, continue de s'y opposer. Pendant ce temps, l'hyperinflation bat des records, si bien que le FMI la situait récemment à 720% sur base annuelle.

 

L'Algérie d'Abdelaziz Bouteflika connaît un sort à peine plus enviable. Son addiction avérée au pétrole et au gaz a des répercussions considérables sur l'évolution de son budget. Entre 2015 et 2017, il est passé de 110 milliards de dollars à... 63. La chute, proprement vertigineuse, s'explique en grande partie par la division par deux des cours des hydrocarbures depuis l'été 2014. Il est bon de rappeler que les exportations de matières fossiles représentent 93% des exportations totales et 38% des recettes fiscales du pays ! Comme en Arabie saoudite, les réserves de devises fondent à vue d'oeil : de 177 milliards en 2014, elles culminent aujourd'hui aux alentours de 110 milliards. L'Algérie puise dans son bas de laine pour maintenir le niveau de vie de sa population, tandis que la monnaie nationale, le dinar, a perdu près de 9% de sa valeur face au dollar en 2016, ce qui a eu pour effet de faire grimper l'inflation à 6,4% la même année. Pour ne rien arranger, la TVA a été augmentée et les subventions à l'énergie connaissent des coupes non négligeables. Si elles n'ont rien de comparable avec celles de Caracas, des émeutes ont néanmoins secoué la Kabylie en janvier. Pour éviter de nouveaux affrontements, le pouvoir algérien va devoir résoudre la quadrature du cercle : lutter contre un déficit qui s'élevait à 12,9% en 2016 tout en évitant de recourir à des mesures antisociales qui ne manqueraient pas d'alimenter la grogne populaire. Car il persistera toujours un risque de voir la maladie hollandaise se muer en révolution de jasmin.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Économie International
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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