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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 06:08
Présidence Macron, à quoi s'attendre ?

Il n'a que trente-neuf ans. Il n'avait jamais été élu avant de décrocher la magistrature suprême. Il a phagocyté le Parti socialiste. Il a profondément divisé la droite. Il a absorbé le MoDem. Il a transgressé les vieux clivages partisans sans pour autant refondre le catéchisme politique français. Gratifié de l'onction du suffrage universel, Emmanuel Macron entame une présidence aux contours mal définis, dévoilée par bribes et parfois entre les lignes. On a appris, par des reportages et documentaires post-électoraux, qu'il rechignait à déléguer. Son incongru ministère des Armées semble en attester, puisqu'il exclut du périmètre gouvernemental la stratégie de défense, plus que jamais entre les mains du président – et d'une « task force » relativement obscure. On a deviné, par l'emploi des symboles et à travers certaines déclarations, par la marche mitterrandienne et la démarche gaullienne (un chef sans parti), qu'il avait l'intention de sacraliser la fonction présidentielle, de raréfier sa parole, de se tenir (en apparence) au-dessus des formations politiques et des batailles politiciennes. On ignore encore quelle sera la plus-value des pièces rapportées de gauche et de droite, sans oublier celle des centristes et des personnalités issues de la société civile. Quel a été le compromis trouvé entre leurs convictions passées et le programme d'Emmanuel Macron ? Où a été placé le curseur ?

 

Ce que l'on peut en revanche déjà affirmer, c'est que la parité gouvernementale n'est rien d'autre qu'un bel ornement faisant office de cache-sexe. Les postes régaliens, à l'exception d'une Défense considérablement diminuée, sont tous confiés à des hommes. Les trois ministres d'État se nomment, dans l'ordre protocolaire, Gérard Collomb, Nicolas Hulot et François Bayrou. Et si Sibeth Ndiaye a récemment crevé l'écran en tant que conseillère en communication, ceux qui ont l'oreille du président marchent essentiellement à la testostérone, à l'instar d'Ismaël Emelien ou Alexis Kohler. La gauche, en rangs serrés derrière le nouveau président, n'a pas voix au chapitre économique, entièrement remis aux bons soins d'anciens cadres LR : Bruno Le Maire pour l'Économie, Gérald Darmanin pour les Comptes publics et Édouard Philippe en sa qualité de Premier ministre. Le ton a été donné dès la passation de pouvoir à Bercy, à la faveur d'une comparaison hasardeuse : « Dans une famille, on ne dépense pas plus d’argent qu’on en gagne. Je souhaite qu’en France, ce soit exactement la même chose. » On peut d'ores et déjà parier que l'entente sera parfaite avec Berlin. Emmanuel Macron entend respecter scrupuleusement les critères de Maastricht, poursuivre la politique de l'offre initiée par François Hollande et mener des réformes procycliques pourtant décriées de toute part, consistant à ajouter de l'austérité à la crise économique, donc de l'entêtement politique au malheur social. On peut par ailleurs penser, sans grand effort d'imagination, que le projet présidentiel en faveur d’un budget et d’un ministre des Finances de la zone euro fasse long feu. Frédéric Lordon résumerait sans doute la chose de cette façon : l'Europe est allemande et l'Allemagne ne saurait mutualiser quelque effort sans une poussée aiguë d'urticaire.

 

Il faut une bonne loupe pour distinguer quelques nuances entre Emmanuel Macron et la droite d'obédience juppéiste. Les premières réformes annoncées par le président viseront à lutter contre le terrorisme et à flexibiliser le marché du travail : inversion de la hiérarchie des normes, instauration d'un barème sur les indemnités prud'homales, référendum d'entreprise à l'initiative de l'employeur... Rien de très engageant pour qui a quelque chose qui ressemble, de près ou de loin, à une fibre sociale. Mais ce n'est pas tout. Comme le disait élégamment Jacques Chirac, « les emmerdes volent toujours en escadrille ». Ainsi, celui qui a donné à son mouvement ses propres initiales (EM !) doit répondre de ses premiers couacs. À la nomination discutée du très conservateur Gérald Darmanin, qui avait son rond de serviette à la Manif pour tous, succède une approche excessivement maladroite de la presse. Accusé de vouloir verrouiller la communication élyséenne et de chercher à sélectionner lui-même les journalistes qui l'accompagneront lors des déplacements officiels, Emmanuel Macron, en voyage au Mali, a suscité le courroux des rédactions françaises, qui n'ont toujours pas digéré (à juste titre !) « le petit milieu parisien » lâché à Paul Larrouturou le soir de La Rotonde, le désormais fameux « travail de sagouin » adressé à un journaliste des Inrocks ou les insultes proférées à l'encontre de Yann Barthès (« gros connard », « débile profond ») par Sylvain Fort, l'ancien attaché de presse d'Emmanuel Macron, désormais directeur de la communication (sic) de l’Élysée. Nicolas Sarkozy rêvait de fixer lui-même l'agenda médiatique ; François Hollande avait l'habitude de commenter sa propre action à la place des éditorialistes ; Emmanuel Macron « le modernisateur » est bien parti pour perpétuer une vieille tradition française : entretenir une relation heurtée, douce-amère, avec la presse nationale.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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