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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 19:21
« The Revenant » : trappeur blanc, coeur noir

Comme le note le professeur Boris Cyrulnik, éthologue et psychiatre, on peut définir la résilience comme « la faculté pour certains de rebondir sur le malheur ». Dans The Revenant, le trappeur Hugh Glass, grièvement blessé par un ours, assiste impuissant au meurtre de son fils. C'est dans un désir inexpiable de vengeance qu'il trouve les ressources nécessaires à son rétablissement, puis à sa survie. Les éléments lui sont pourtant hostiles : il s'agit d'affronter le froid, les grands espaces sauvages, la faim et la douleur, tout en se dérobant à d'éventuels ennemis, qui ne se feraient pas prier pour le réduire en charpie. Laissé pour mort par l'assassin de son fils, déguenillé et fiévreux, Hugh Glass entame une contre-odyssée mue par la colère et l'esprit de revanche, un voyage extrême, au long cours, que le réalisateur Alejandro González Iñárritu restitue avec splendeur et maestria, dans une sorte d'apnée immersive d'ampleur inédite.

 

Si l'oscarisé Birdman pouvait notamment porter à son crédit l'argument (illusoire) du plan-séquence unique, The Revenant repose sur d'autres ressorts, qu'un boulier ne suffirait pas à dénombrer : une représentation grandiose de la nature (faune, flore, forêt, rivière, neige...), inspirée à la fois de Terrence Malick et d'Andreï Tarkovski ; des dispositifs techniques rendant justice à l'évidente virtuosité d'Iñárritu, au premier rang desquels se niche l'emploi judicieux du plan-séquence et du grand angle ; une confrontation viscérale et barbare entre Leonardo DiCaprio et Tom Hardy ; un sens du spectacle exprimé dès l'ouverture et porté ensuite à incandescence ; une photographie travaillée en orfèvre par le chevronné Emmanuel Lubezki, déjà à l'oeuvre chez Alfonso Cuarón ou... Terrence Malick ; une esthétisation de la violence qui n'a rien à envier à Nicolas Winding Refn, qui en fit pourtant sa marque de fabrique, notamment à l'occasion du contemplatif Valhalla Rising...

 

The Revenant est tout à la fois : un survival, un revenge movie, une fresque radicale, une authentique expérience sensorielle. Au-delà de ses plans étourdissants ou de son caractère profondément immersif, il questionne la substruction de toute civilisation : l'âpreté des milieux naturels semble répondre à celle des hommes ; les dissensions se résolvent au couteau ou au fusil ; la boue, les grimaces et le sang semblent former la pointe avancée des États-Unis, rappelant par là sur quelle sorte de barbarie la bannière étoilée s'est fondée. « Nous sommes tous des sauvages », dira d'ailleurs un écriteau accroché au corps sans vie d'un pendu, comme une balise sur la voie encore inexplorée de la rédemption. Au regard de ces quelques éléments, il n'est pas interdit de penser que l'impression de vacuité parfois laissée par The Revenant pourrait être avant tout liée à une sous-interprétation des signes disséminés çà et là par Iñárritu, dont l'immensurable consommation d'images, de sensations, de fureurs et d'ivresses paraît trahir une voracité galopante.

 

 

Lire aussi :

« Annie Hall » : l’amour en dents de scie

« Psychose » : corbillard à deux conducteurs

Le Plus : "Ascenseur pour l'échafaud" / Le Moins : "Replicant" (#44)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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