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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 10:40
Certains visages demeurent méconnus. Pourtant, ils animent la vie politique, peu importe l’échelle, locale ou internationale. Personnage atypique, Véronique De Keyser (PS) fait partie de ces élus qui œuvrent dans l’ombre. Certes, elle n’est pas célèbre. Elle ne fait ni la une de Voici ni celle de La Libre. Néanmoins, comme peut en témoigner son impressionnant parcours, elle multiplie les combats, agit pour défendre ses convictions et s’active sur tous les fronts. 


Sa trajectoire, peu commune, rappelle qu’une carrière politique est toujours envisageable, à force de courage et de détermination. Véronique De Keyser a fait ses études à l’Université de Bruxelles, en faculté de psychologie. Elle a été nommée chargée de cours à l’Université de Liège en 1984 et y est devenue professeur ordinaire en 1988, puis doyenne de la faculté de psychologie de 1990 à 1998. Après une longue carrière scientifique au niveau international, elle devient membre du Parlement européen. Députée, commissaire aux Affaires étrangères et aux Affaires sociales, elle n’oublie pas pour autant la Belgique : elle est également conseillère communale à Liège. Parallèlement à son parcours politique, elle est professeur extraordinaire à la faculté de psychologie et continue de diriger une équipe pluridisciplinaire d’une trentaine de chercheurs. 


Détailler le C.V. de Mme De Keyser relève de l’exploit : des voyages professionnels qui se succèdent ; des études menées qui paraissent innombrables ; un travail politique immense ; une coopération scientifique et humanitaire avec des pays en voie de développement ; différents ouvrages… Pour des informations complémentaires, il vous suffira de parcourir son site Internet.




 

INTERVIEW



Quelles sont les raisons de votre engagement politique ?

 

En fait, j’ai toujours été engagée politiquement. Je suis sortie de l’université en 1968. Tous ceux qui faisaient la psychologie du travail se sont rapidement politisés. J’ai travaillé quelque temps dans un syndicat. Plus tard, je suis entrée comme chercheur à l’université. J’ai effectué une carrière universitaire, jusqu’à devenir doyen de la faculté de psychologie. 

 

Au départ, j’étais simplement militante socialiste, comme de nombreuses personnes. Un jour, on m’a placée sur les listes électorales. Vous savez, on a besoin de représenter tout le monde : les intellectuels, les métiers manuels, les étrangers… J’étais sans doute là pour l’intelligentsia. Suite à un concours de circonstances qui a bouleversé la législature de l’époque, je suis passée directement du statut de quatrième suppléante à celui de députée européenne !  J’ai pensé que c’était le moment propice pour revenir à mes engagements de jeunesse, les mettre en pratique. J’ai abandonné quelques cours à l’université… Aux élections suivantes, j’étais deuxième sur la liste, derrière Elio Di Rupo.  J’ai continué. Je n’ai jamais regretté ce choix.

 

En termes de flexibilité, c’était fameux (rires). J’étais très réputée dans la psychologie, mais, dans la politique, c’était totalement l’inverse. Il fallait tout reprendre à zéro.

 

 

 

Quelles satisfactions tirez-vous de votre parcours politique ?

 

Les satisfactions viennent plutôt de mon travail politique. J’ai rencontré des personnes exceptionnelles : des femmes en Irak, en Arabie Saoudite ou au Kosovo, par exemple, qui se battent jour et nuit pour avoir un peu de liberté. J’ai été confrontée à une ouverture du monde incroyable : rencontrer des cultures différentes ; prendre conscience des maigres moyens dont disposent certaines autorités pour prévenir les guerres et les catastrophes… Ce contact privilégié avec des cultures, des religions et des pays différents m’a réellement enrichie. Grâce à toutes les expériences que j’ai vécues, je suis devenue une personne transcendée et épanouie.

 

 

 

Avez-vous rencontré des difficultés pendant votre parcours ?

 

Bien sûr !  Les difficultés étaient nombreuses, car je ne suis pas le fruit d’un système politique. Je n’ai pas volontairement choisi de participer à un milieu privilégié, avec ses us et coutumes. Je me suis plutôt penchée sur le travail de terrain, en essayant de garder un contact régulier avec la masse populaire. Faire circuler des consignes de vote, par exemple, n’est pas de mon ressort. Je suis trop maladroite pour cela. Défier la grande machinerie politique avec mes modestes moyens est impossible. Il y a un déséquilibre des forces. Je n’ai pas, à proprement parler, d’organisation politique derrière moi.

 

Par ailleurs, j’ai dû faire face à une autre épreuve : convaincre mes collègues socialistes que je faisais mon travail honnêtement et que je ne voulais pas prendre leur place. Finalement, je suis parvenue à les persuader. Ils sont devenus chaleureux et sympathiques. La politique est un monde ouvert dans lequel le meilleur et le pire se côtoient. 

 

 

 

La méfiance des citoyens à l’égard de la classe politique est un thème récurrent. Qu’en pensez-vous ?

 

C’est vrai. On a souvent une image « politicarde » de la politique. C’est faux. En tant que psychologue du travail, j’ai été stupéfaite par la quantité de tâches à effectuer propre au politique. Tous, peu importe leur rang, travaillent presque incessamment. Dans ce milieu, il est normal de consacrer 15 ou 17 heures quotidiennement à ses dossiers. C’est incontestablement un des métiers les plus difficiles. Vous devez maîtriser absolument tout : gérer la presse, supporter les coups bas, assister à des réunions interminables… Les difficultés familiales sont le lot des politiques. La vie privée passe souvent après la vie publique. L’implication professionnelle doit être totale.

 

Concernant les soupçons de corruption, ils sont très présents. Les affaires de Charleroi, pour ne citer qu’elles, restent des abus, des dérapages. En revanche, je ne peux pas nier qu’une grande méfiance règne entre les hommes politiques. Beaucoup convoitent des postes importants et craignent que leur voisin ne les décroche avant eux. Comme dans une entreprise, les dirigeants politiques sont attirés par l’attraction du pouvoir. Cela dit, je pense sincèrement que les personnes correspondant à ce profil demeurent minoritaires.

 

Enfin, un vieux cliché nous colle à la peau. Certains avancent l’idée que les politiques sont payés à ne rien faire. Cela ne tient pas la route une seule seconde. C’est un mauvais procès.




ANALYSE CRITIQUE DE L’INTERVIEW

 

 

Rédiger un commentaire critique n’est jamais chose aisée. Cela s’avère encore plus complexe lorsque l’objet de l’analyse n’est autre qu’une interview, généreusement accordée par une femme politique, députée européenne de surcroît. Complexe, ça l’est davantage quand on touche à l’engagement personnel, au parcours, aux sentiments, plutôt qu’aux idées et à la philosophie politique. Malgré tout, nier que certains points développés au cours de l’entretien méritent une attention particulière reviendrait à mentir. En effet, plusieurs choses m’ont interpellé.


Le parcours de Véronique De Keyser, étonnant et estimable, ne laisse place à aucun débat. Psychologue de renommée mondiale, elle a su s’immiscer parmi les moteurs de l’Europe et, sans doute, par extension, du monde. Est-ce que sa carrière scientifique lui a ouvert des portes ?  Oui. Elle l’avoue volontiers. Est-ce que cela réduit son mérite ?  Non. L’éminence grise, conseillers spécialisés et intellectuels en tête, distille de précieuses suggestions, multiplie les mises en garde et voit son influence s’accroître d’année en année. Il n’empêche que le politique, parfois, sort les griffes et montre les crocs lorsque l’intelligentsia aspire au pouvoir. Comprenez : leurs intérêts et leurs priorités divergent souvent. Véronique De Keyser a toujours eu la fibre militante. Elle ne doit son premier mandat européen qu’à un concours de circonstances. Certes. Sa reconduction, par contre, n’est pas le fruit du hasard. C’est sur le terrain qu’elle l’a acquise.


Lorsque Mme De Keyser commente ses satisfactions politiques, elle ne s’attarde pas sur la promulgation d’une loi ou la victoire électorale d’un parti. Elle exprime sa fascination pour certaines cultures, son amour pour certaines régions et son respect pour quelques âmes injustement négligées par nos démocraties. La politique peut être calculatrice, insensible et rancunière. Véronique De Keyser prouve qu’elle est également humaine.


Désormais, nous savons que son chemin a été parsemé d’embûches. Il est difficile de trouver sa place dans un système dont on ignore les arcanes. Il reste donc le terrain et l’action politique. C’est là qu’elle semble puiser sa force, quand l’appareil prend ses distances. La députée avoue, à demi-mot, qu’une partie de ses collègues l’ont désavouée. Ils imaginaient qu’elle lorgnait leur poste, rêvant de s’asseoir à leur siège. Finalement, elle a suffisamment manifesté ses bons sentiments pour convaincre les carriéristes que sa volonté n’est pas de marcher sur leurs plates-bandes. Véronique De Keyser réfute la rumeur qui voudrait que le monde politique soit impitoyable. Elle affirme que ses acteurs peuvent se révéler chaleureux et ouverts lorsque les visages deviennent familiers. Ce discours, empreint de modération, paraît irrécusable. Toutefois, ne soyons pas dupes. Derrière cette conclusion, trop simpliste, se cache une pratique notoire : la langue de bois.


Lorsque la députée européenne en vient au sujet qui fâche, la corruption politique, elle respecte une logique implacable. Elle évite d’incriminer son microcosme. Les viles affaires qui le secouent font figure de simples dérapages. Difficile à croire… L’inquiétante multiplication des cas de corruption laisse à penser qu’il s’agit plus d’une gangrène que d’événements isolés. La majorité des politiques travaillent en faisant preuve de sérieux et d’intégrité. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Est-ce pour autant que l’on doit faire l’impasse sur Ehud Olmert, George W. Bush, John McCain, Nicolas Sarkozy, Michel Daerden, Alain Mathot, Pervez Musharraf et consorts ?  Des soupçons, souvent légitimes, pèsent sur une quantité non négligeable d’élus. Cela étant, malgré sa réticence à déprécier la classe politique, Véronique De Keyser n’hésite pas à jeter l’opprobre sur les ambitions démesurées de ses représentants. Le pouvoir suscite l’intérêt, dégrade l’ambiance et attise les conflits. 


À la décharge des hommes politiques, il convient de signaler que la masse de travail exige un investissement total et d’importants sacrifices familiaux. Les salaires, eux, peuvent paraître dérisoires : le privé surclasse indéniablement le public. Cela ne suffit pas à excuser les multiples dérives, mais ça permet d’apporter quelques nuances à nos propos. Après tout, n’est-ce pas précisément pour faire face aux abus que la rémunération des politiques a été maintes fois augmentée ?  L’ingratitude prononcée et la stigmatisation constante dont souffrent les représentants entrent également en ligne de compte. L’ensemble influe sur la droiture des personnalités en place. 


Mme De Keyser s’est contentée de décrire la partie émergée de l’iceberg. Le discrédit de la classe politique trouve son origine dans une panoplie de faits. En outre de la corruption et des clichés habituels, on retrouve pêle-mêle : le fossé qui sépare le quotidien du peuple des préoccupations du politique ; l’écart idéologique entre certains citoyens et les partis existants ; les batailles d’appareil ; la mauvaise réputation de certains élus ; le manque de transparence ; le discours soporifique de certains dirigeants ; les mensonges ; le manque de considération quant aux problèmes sociaux ; le contexte socioéconomique ; la guerre ; l’incompréhension publique…


La position de Véronique De Keyser l’empêche de s’exprimer librement lorsque l’on touche à des sujets épineux. C’est un fait. Malgré cela, la députée s’est montrée honnête, intellectuellement et moralement. Malheureusement, le manque de temps nuit à l’exhaustivité. La brièveté et la superficialité de certaines réponses en sont les fruits.


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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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commentaires

Jonathan FANARA 15/01/2009 13:22

J'ai plusieurs remarques à formuler :

1) Heureusement, vous n'êtes pas prof.

2) Véronique De Keyser ne soutient pas le Hamas. Elle exprime sa peine pour les victimes civiles et souhaite mettre un terme à ce conflit.

3) La plupart des chefs d'Etat et de gouvernement européens vont dans le même sens.

4) La charte du Hamas n'est pas la vérité du peuple palestinien.

5) Une députée européenne, commissaire aux affaires étrangères de surcroît, a le devoir de voyager.

Humanis 14/01/2009 23:59

Je ne souhaite nullement insulter , ni être poujadiste... Ces nombreux voyages à l'étranger : mais bien sûr avec l'argent du cochon payeur de contribuable !

Humanis 14/01/2009 23:45

Pour un travail en sciences politiques, je buse si j'étais prof'.
" Manque total d'objectivité, impartialité ".
in fine, De Keyser est la seule personnalité du Parti socailiste a soutenir ouvertement les nazis verts du Hamas.
Sans entrer dans le détail du conflit, ses tenants et aboutissants, je vous invite à lire la charte du hamas : article 13, article 28 : djihad par çi djihad par là, éradication d'Israël, on ne discute pas avec des diplomates( ces mécréants !! ) , les franc-maçons sont les espions des sionistes, de même que les membres des Lions club, du Rotary etc ...

Moi ça me rappelle les nazis, exactement le même discours, très concrètement.

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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