Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 14:00

Le travail concerne la première saison.

 


 

Oz

1997-2003 – 6 saisons – 56 épisodes

Créé par Tom Fontana

Genre : Drame

Format : 50’

Nationalité : Américaine

Avec Adewale Akinnuoye-Agbaje (Simon Adebisi), Terry Kinney (Tim McManus), Ernie Hudson (Leo Glynn), J.K. Simmons (Vern Schillinger), Eamonn Walker (Kareem Saïd), Lee Tergesen (Tobias Beecher), Dean Winters (Ryan O’Reilly), Kirk Acevedo (Miguel Alvarez)

 

 

Synopsis général

 

Emerald City est un quartier expérimental, situé dans une prison surnommée « Oz ». On doit ce projet à Tim McManus, un idéaliste qui rêve d’améliorer les conditions de vie des détenus. Cependant, à huis clos et dans une atmosphère oppressante, les prisonniers se retrouvent rapidement dans leurs derniers retranchements. L’espoir laisse place à la résignation. L’enfer est pavé de bonnes intentions…

 

 

Synopsis avec mon point de vue

 

Emerald City, quartier expérimental d’une prison communément appelée « Oz », possède un lot d’âmes déchues. Avec l’idée d’améliorer la vie des détenus, Tim McManus a mis sur pied ce qui ressemble étrangement à un véritable enfer. Dans cet endroit terrifiant, des individus de toute espèce se côtoient. Certains y rendront leur dernier souffle. Partagés entre leur instinct de survie et l’ambition de diriger les lieux, peu hésitent à multiplier les coups bas et les manipulations sordides. Tom Fontana s’interroge sur la psychologie humaine et remet en question les grands principes des systèmes judiciaire et carcéral. Il nous plonge dans un univers où chacun doit mettre ses états d’âme entre parenthèses pour mieux se prémunir contre les issues tragiques.

 

 

 

La critique

 

Emerald City vise à améliorer les conditions de vie des détenus et à les aider en vue d’une éventuelle réinsertion. C’est dans cette optique que des réunions anti-drogue ou des cours pédagogiques sont mis en place. Malheureusement, cela ne suffit pas à révolutionner un microcosme en proie aux maux les plus extrêmes. 

 

Dans ce milieu carcéral impitoyable, des hommes de tout poil se côtoient et se livrent aux pires agissements. La décadence du bien et le triomphe du mal se mélangent. Les histoires s’entremêlent, tandis que les personnages bouleversent leurs habitudes, passent d’un camp à l’autre et perdent tout repère. Oz a placé la nuance et la modération sous écrou. Pour exhiber le comportement troublant de l’être humain et dénoncer des anomalies inhérentes à notre époque, il faut donner la parole aux attitudes radicales, à l’horreur la plus totale. La dignité et la bonté deviennent des denrées rares. 

 

Oz n’est pas une série comme les autres. Elle se différencie par sa noirceur, sa violence et, surtout, son engagement. Elle symbolise la dérive du système carcéral et devient, à certains égards, sa critique la plus féroce. Tobias Beecher personnifie cette contestation. Cet homme respectable a commis une erreur, sous l’emprise de l’alcool. En prison, il se mue en un individu dénué de sentiments, amer et polytoxicomane. Il atterrit à Emerald City avec une dépendance : l’alcool. Là-bas, il s’adonne à d’autres drogues, multiplie les assuétudes, perd sa famille et sa naïveté. 

 

À Em City, l’espoir étouffe entre des criminels notoires, des personnages sans scrupules et des matons corrompus. Oz reflète une société qui produit des délinquants, mutile nos rêves et enfante des désastres. La série s’attarde sur les relations humaines et sur les comportements. Un savoureux mélange de réalisme et de pessimisme permet de mettre en exergue la psychologie des hommes. Dans la prison, les clivages raciaux et religieux mènent la danse. La drogue, elle, dicte ses exigences aux uns et détermine les craintes des autres. Les combines sournoises se cachent derrière les ententes de façade. La volonté de contrôler les lieux gagne les esprits. Ryan O’Reilly, fin manipulateur, tire son épingle du jeu. Est-ce une surprise ?  Pas vraiment. Le principe selon lequel le bien triomphe toujours n’a pas sa place dans Oz. Le mal est un outil bien plus efficace. 

 

Cette première saison présente différents visages. Les épisodes thématiques succèdent aux classiques et vice versa. Le public découvre les personnages, s’imprègne de leur passé et se familiarise avec eux. Rien n’est laissé au hasard. Le suspense augmente progressivement. La trame, pertinente, suscite l’intérêt. L’atmosphère pesante et les événements qui émaillent le récit laissent à penser que les protagonistes se dirigent vers le pire, sans savoir de quoi il s’agit. La violence de certaines scènes peut secouer les âmes sensibles. La caméra absorbe la tension et plonge le public dans le quotidien oppressant des détenus. Un cercle vicieux condamne les prisonniers, impuissants, à participer à un jeu macabre qui veut que la déchéance des uns provoque, par ricochet, la mort des autres. Les personnages évoluent constamment. La brutalité prend le pas sur la conscience et l’humanité. Par ailleurs, la technique joue un rôle primordial. Elle n’est pas étrangère à la qualité de la série : montage parallèle entre une exécution et des ébats sexuels, gros plans angoissants, position de l’objectif… 

 

La narration, riche de rebondissements, se situe entre l’honnêteté et la complexité. Cette première saison, pleine et cohérente, propose un réalisme scénaristique qui met l’accent sur les déboires de l’homme. Em City provoque de profonds changements comportementaux. Les crapules étoffent leurs rangs. On ne peut s’empêcher de s’attacher à elles, ce qui constitue un véritable coup de force.

 

Kareem Saïd, religieux aux idées bien arrêtées, est un personnage-clé. Il incarne l’ambiguïté de Oz. Sous de fausses apparences, construites à base de paix, de modération et de respect, il représente l’écorché vif par excellence. La peur et la haine l’habitent. Il rappelle que la méfiance doit toujours être de mise. Les bons sentiments peuvent rapidement s’effacer au profit d’idées malsaines. Kareem Saïd demeure une énigme. Sa soif de pouvoir va à l’encontre de ses convictions confessionnelles. Il prône la paix, mais prépare la guerre. Obscur et contradictoire, il fait partie de ceux dont on ignore les intentions réelles.

 

Augustus Hill, par ses nombreux apartés, renforce le malaise et l’incompréhension du public. Avec lucidité et détresse, il observe la routine pénitentiaire et exprime ses sentiments. Le brin de folie qu’il exhibe traduit la philosophie de la série. La rationalité est en déclin. La déraison ouvre ses portes. 

 

Oz passe en revue les politiques carcérales. Le gouverneur James Devlin encourage, malgré lui, les émeutiers dans leur démarche, en adoptant des mesures restrictives, voire liberticides. De ce fait, le public constate que certaines règles poussent les détenus à la brutalité, la sauvagerie et l’irresponsabilité. 

 

La candeur de Père Ray Mukada et de Sœur Peter Marie tranche nettement avec le quotidien pénitentiaire. La rédemption paraît utopique. Alors que Miguel Alvarez semble prendre conscience de ses manquements, le rouleau compresseur carcéral le propulse à la tête des émeutiers. Il vacille entre deux visages et peine à trouver sa voie. Il ne s’agit pas d’un cas isolé…

 

Subtilement, une grande quantité de thèmes sont traités au fil des épisodes : les relations familiales, l’homosexualité, la célébrité, les organisations criminelles, la culpabilité… Oz s’intéresse aux hommes et accorde une attention particulière à leurs idées et leur comportement. La drogue tient le haut de l’affiche. Tom Fontana proteste contre l’usage de stupéfiants. La cinématographie lui offre la possibilité de blâmer les insuffisances sociétales et carcérales. L’accoutumance s’installe ; plusieurs détenus frôlent la dépravation et se délabrent. Ils développent une inhumanité qui pousse à la réflexion. Par ailleurs, lorsque la série pose un regard sur la religion, elle laisse le public perplexe. La pertinence du traitement filmique provoque des réactions et ouvre les débats. 

 

Le vice s’éclipse parfois afin de permettre à la bienfaisance de s’exprimer. L’évolution positive de Jefferson Keane revigore l’espoir et transgresse les lois du fatalisme. Après un parcours chaotique, il change son fusil d’épaule et envisage son exécution comme la fin d’une guerre mortifère entre clans rivaux. Il accepte sa peine et espère qu’elle contribuera à la paix. Songer à la repentance et au progrès n’est donc pas exclu.

 

En conclusion, Oz est une série ingénieuse qui présente une conscience sociale rarissime. Em City ouvre une fenêtre sur l’homme et déverse des constats alarmants. C’est en montrant la violence et la résignation que Tom Fontana préconise la quiétude et le courage. 



 

Analyse de deux personnages 



Tim McManus
 

Tim McManus, visionnaire aux idées respectables, a imaginé un système pénitentiaire destiné à améliorer le quotidien des détenus. Il pense pouvoir changer les hommes, à force de courage et de détermination. Malheureusement, son projet s’avère utopique et brise sa naïveté. Dès lors, sa frustration et sa colère apparaissent au grand jour. 

 

Tim McManus rêve de révolutionner les politiques carcérales et de bonifier les prisonniers. Il se bat pour concrétiser ses ambitions et n’hésite pas à s’opposer à ses supérieurs hiérarchiques. Il estime que le gouverneur Devlin nuit à ses intentions en imposant des mesures limitatives. Altruiste résolu, il se heurte régulièrement aux détenus, lesquels l’agacent par leur manque de volonté et de conscience. 

 

Il mène une vie sentimentale tumultueuse. Il entretient une relation avec une gardienne. Sa grande implication dans la prison l’empêche de vivre normalement. Les schémas familiaux traditionnels s’accordent mal avec ses habitudes. 

 

Tim McManus représente, à bien des égards, l’antithèse du gouverneur Devlin. Les deux hommes ne partagent pas les mêmes priorités. Alors que McManus a tout de l’idéaliste chevronné, James Devlin, lui, paraît insensible, carriériste et vaniteux. Durant l’émeute, leurs idées divergent : le gouverneur se montre réfractaire aux compromis, contrairement à son opposant qui considère que les exigences des détenus restent raisonnables.

 

Après l’exécution de Jefferson Keane, McManus se remet en question. Il s’interroge à propos du système qu’il a créé et réfléchit à sa responsabilité quant aux différents meurtres. Ces scrupules l’honorent et tendent à mettre en évidence sa valeur humaine.

 

Les conflits impliquant des bandes rivales, la circulation de la drogue ou encore la corruption des gardiens : tout porte à croire qu’il faut rénover Emerald City. De plus, Tim McManus doit essuyer les remarques des détenus et affronter leurs actes infâmes.

 

Ce personnage, attachant, doit faire face à des événements qui lui sont rarement favorables. Au milieu d’individus abjects, il tente vainement de faire émerger une lueur d’espoir. 




Tobias Beecher
 

Brillant avocat, Tobias Beecher renverse une fillette alors qu’il conduit en état d’ivresse. Par suite de cet accident, il est incarcéré à Emerald City. Sa crédulité lui cause d’énormes problèmes. Il n’est pas préparé à la sournoiserie des détenus. Rapidement, Vernon Schillinger, raciste avéré, feint de vouloir son bien dans le but d’en faire son esclave sexuel. Scarifié, violé et humilié, Beecher sombre dans la drogue et la dépression. Plus tard, il se révolte et souffre d’une folie qui le rend particulièrement dangereux. Il promet à Schillinger de lui mettre des bâtons dans les roues et de torpiller son rêve : rejoindre ses fils. 

 

Tobias Beecher incarne une vive critique du système carcéral. Sa famille s’éloigne de lui ; il se retrouve seul dans un monde dont il ignore tout. Le quotidien pénitentiaire l’incite à consommer différentes drogues et multiplie ses assuétudes. Il s’enfonce dans une folie terrifiante. Il culpabilise et regrette amèrement ses erreurs. Il refuse de se battre pour survivre. 

 

Contraint de se maquiller et de chanter devant les autres détenus, Beecher s’attire les moqueries les plus cinglantes. Toutefois, sa prestation est digne d’intérêt. Après un départ calamiteux, le silence gagne l’assemblée et le spectacle se clôture par une acclamation. Cette scène reflète parfaitement son parcours à Em City : la considération détrône progressivement l’humiliation.

 

Tobias Beecher ne parvient pas à se détacher de son passé. L’intérêt qu’il porte à Jefferson Keane tend à le prouver. Ses habitudes professionnelles resurgissent. Il semble refuser sa nouvelle vie. L’usage de drogues conforte cette hypothèse et constitue le signe d’une insoumission. Il rejette le statut du prisonnier. Peu à peu, la donne change et Beecher évolue. Profondément meurtri, il perd sa sensibilité. Une révolution psychologique s’opère. Elle l’amène à infliger des blessures physiques à Schillinger. 

 

Ce personnage peut troubler : il tombe dans la déraison et devient un monstre dépourvu de sentiments. Sa transformation démontre que la prison va à l’encontre des objectifs qu’elle se fixe : punir les fautifs, sécuriser la société, soulager les victimes ou leur famille, aider les prisonniers en vue d’une éventuelle réinsertion et les responsabiliser. En effet, Beecher devient incontrôlable, dangereux et inhumain. Il s’attaque aux autres détenus. Il n’éprouve plus de remords et réitère ses erreurs. La famille de sa victime nourrit une haine viscérale à son égard et fait montre d’une peine intacte.
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

Recherche