Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 16:19

La situation. Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs européens font entendre leur voix, crient leur colère et leur désarroi, tentant de faire valoir leurs intérêts. Les uns se plaignent de vendre à perte, tandis que les autres pointent du doigt les politiques menées par l’Union européenne. La crise du lait est au cœur des débats. Certaines manifestations virent à l’émeute. Les insultes et les violences prolifèrent. Le dialogue entre les exploitants agricoles et les représentants semble rompu. Les producteurs et les industriels se regardent désormais en chiens de faïence. Le gouvernement français a désigné deux médiateurs en vue de désamorcer la polémique. Ils doivent faciliter les discussions entre la production et l’industrie pour fixer les prix du lait à court terme et permettre l’installation d’un cadre de négociations plus général. Quoi qu’il en soit, pour l’heure, les grandes surfaces continuent d’être prises pour cible et rien ne semble atténuer l’ire des agriculteurs.

 

Les faits et les revendications. Le prix du lait a chuté, en France, de 30% en un an. Les répercussions au niveau du consommateur s’avèrent ténues, alors que les marges des intermédiaires et des grandes surfaces, elles, progressent régulièrement. Le lait est passé d’un peu plus de 29 centimes le litre en 1998 à un peu moins de 29 centimes en 2007. Pendant ce temps, le prix de vente a augmenté de 12%. Les industriels et les distributeurs absorbent les bénéfices, tandis que le revenu des producteurs s’amenuise. Aujourd’hui, les éleveurs réclament 300 euros pour mille litres, contre 210 actuellement.

 

Le contexte mondial. En 2007, la flambée du prix du lait a dopé la production mondiale, mais la crise économique a freiné la demande. La consommation asiatique s’est effondrée de 30% et le scandale de la mélamine (Chine) n’a rien arrangé. Aujourd’hui, les cours mondiaux des produits industriels (beurre et poudre de lait) demeurent dérisoires et les stocks tiennent la forme. Les besoins des pays émergents et la spéculation frénétique ont pesé sur la hausse des prix, mais, comme pour le pétrole, les marchés se sont retournés.

 

Une concurrence féroce. Les entreprises françaises peinent à suivre le rythme de la concurrence européenne, plus réactive à la baisse. En outre, les transformateurs et les producteurs mettent en cause la loi de modernisation économique, qui permettrait à la grande distribution de tirer les prix vers le bas. Il est également à noter que les distributeurs se livrent à une compétition acharnée, laquelle met à mal les producteurs. En effet, la meilleure façon de baisser les prix de vente reste de rogner le prix d’achat.

 

Les quotas de production. Dans cette crise, un élément se trouve au centre des attentions : les quotas de production (plafonds autorisés). La France plaide pour leur maintien, alors que la Commission européenne s’y oppose. Cette dernière estime que la baisse des prix n’est pas liée au système des quotas, voué à disparaître en 2015. Mariann Fischer Boel, commissaire à l’Agriculture, souligne que, malgré leur hausse, la production n’augmente pas. La crise économique mondiale serait responsable des problèmes touchant au lait. Pourtant, des milliers de producteurs laitiers européens agitent le chiffon rouge de la perte financière et jettent l’opprobre sur les quotas.

 

En France. Le lait représente 60 000 emplois en France. Aujourd’hui, le chômage les guette. Les ministres de l’Agriculture européens ne parviennent pas à accorder leurs violons. Faute de trouver un compromis pour réguler la production du lait à l’échelle des 27, ils permettent à la dérégulation de poursuivre sa route. Michel Barnier, ministre français de l’Agriculture et candidat aux élections européennes, communique beaucoup, met en exergue ses positions, mais ne possède pas le pouvoir de changer la donne. Il tente simplement de flatter 60 000 électeurs potentiels. Ce même Michel Barnier se réjouissait, en novembre 2008, d’un accord trouvé afin de déréguler le marché du lait. Pendant cinq années, les quotas de production seraient relevés de 1%. Ils disparaîtraient totalement en 2015. Ensuite, le lait fluctuerait librement, selon la loi de l’offre et de la demande.

 

La politique agricole commune (PAC). La PAC vise à offrir aux agriculteurs un niveau de vie raisonnable, grâce à des aides diverses. Elle doit également garantir la qualité des denrées alimentaires et la justesse des prix. Son action préserve le patrimoine rural et s’adapte à l’évolution des besoins de la société. La PAC veille donc à la sécurité alimentaire, à la sauvegarde de l’environnement ou encore à l’utilisation rationnelle de l’argent public. Voilà pour la théorie.

 

Quid de la pratique ?  Depuis la réforme de la politique agricole commune, en 2003, les prix sont déterminés par le marché. Des aides directes, versées par le budget communautaire, complètent le revenu des éleveurs. Il existe deux marchés : le national pour les produits frais (lait, beurre, fromage) et l’international pour d’autres produits (poudre de lait). On trouve deux demandes : celle d’une poignée d’industriels (produits transformés) et celle des distributeurs (lait liquide). L’offre, quant à elle, repose sur 100 000 éleveurs regroupés en quelques centaines de coopératives. Le marché régule très mal. La demande s’adapte au prix, alors que l’offre reste constamment en décalage. Lorsque les prix augmentent, les éleveurs temporisent avant d’ajuster la production. Ils veulent s’assurer que la situation est durable avant d’agir. Et quand les prix baissent, les producteurs souffrent encore davantage. Le chômage économique ne s’applique pas aux vaches !  Lorsque le marché devient défavorable, les éleveurs ne peuvent plus vivre de leur production et l’aide européenne s’avère capitale. Une dépendance financière s’installe. En outre, la Commission doit multiplier les aides à l’exportation pour éliminer les surplus, ce qui ampute le budget de la PAC. Deux pistes ont vu le jour au fil des discussions : répartir les aides avec plus de justesse et soutenir les revenus des éleveurs par le budget national. Par conséquent, les grandes cultures perdraient des appuis financiers au profit des petites exploitations et on assisterait à un cofinancement généralisé de la PAC, communautaire et national. Pour des raisons budgétaires, cette dernière possibilité froisse les pays où l’agriculture est très développée. En tout cas, le retour à la PAC administrée et aux quotas paraît illusoire. Les pays qui, comme la France, ont opté pour un modèle de petites exploitations, réparties sur tout le territoire, doivent compenser un certain coût. Les dépenses relatives à l’équipement sont les mêmes qu’ailleurs en Europe, mais la production est moins importante. Par contre, certains États parviennent à tirer leur épingle du jeu. Ainsi, la réactivité des éleveurs allemands est meilleure, car les prix s’adaptent instantanément au marché. Le prix du lait, national, dépend de celui de la poudre de lait, international. Il n’y a donc aucun décalage.

 

Des pistes de réflexion. De nouveaux modes de commercialisation et de négociation pourraient apparaître. Les ventes directes, assurées par des camions de distribution, permettraient, en se généralisant, de régler des situations locales épineuses. Quant aux prix, la contractualisation pourrait remplacer les quotas. Mais il faudrait alors que les éleveurs étoffent leur voix, car les négociations déséquilibrées pullulent.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Économie
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

Recherche