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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:33

Clint Eastwood revient sur le devant de la scène avec un biopic transcendant les genres, mélangeant habilement les éléments historiques et les considérations psychologiques. Une œuvre sidérante qui met en lumière le destin d’un homme ambivalent et qui rejette toute concession. Une réussite remarquable, nourrie par la vision de son réalisateur et le talent de son comédien principal.

 

J. Edgar Hoover est l’une des figures les plus marquantes et sulfureuses de l’histoire récente des États-Unis. Fondateur du FBI, directeur inamovible, il a modernisé les techniques d’investigation, notamment en leur attribuant un caractère scientifique. Combattant opiniâtre, il ciblait les ennemis de la patrie et s’attachait à tuer dans l’œuf toute menace potentielle. Les dirigeants politiques le craignaient, mais le respectaient peu. Mais Hoover savait faire preuve d’éloquence et user de son charisme pour infléchir les positions officielles et obtenir les moyens nécessaires à la concrétisation de ses projets. Un fin stratège, capable de lutter à la fois contre les communistes et contre ses opposants. L’indétrônable chef du FBI était surtout une personnalité controversée et bicéphale. Car, pour ne pas entamer sa crédibilité et écorner son aura, l’histoire passait sous silence certaines vérités particulièrement gênantes.

 

Ses parents exercent une influence considérable sur lui. La santé mentale fragile de son père le condamne à une peur irrationnelle de l’hérédité. Quant à sa mère, manipulatrice et castratrice, elle l’encourage sournoisement à surmonter son bégaiement, à nier son homosexualité, à se sacrifier pour sa carrière. J. Edgar Hoover pouvait par ailleurs se montrer obsessionnel ou irascible et afficher un racisme décomplexé. Il entretenait des relations parfois tendues avec les présidents américains et a refusé à plusieurs reprises des postes ministériels afin de maintenir son assise sur le FBI. Bon nombre de rumeurs circulent à son propos : son désintérêt pour la question mafieuse s’expliquerait par des menaces formulées au sujet de photographies compromettantes ; en dépit d’informations univoques, il n’aurait rien fait pour entraver l’assassinat de John F. Kennedy ; l’absence de dossiers secrets et personnels après sa mort relèverait d’une vaste entreprise préméditée de dissimulation.

 

 

Un retour en grâce

 

Avec J. Edgar, Clint Eastwood devait définitivement faire oublier Au-delà, une œuvre mineure accueillie avec une froideur inhabituelle par la critique. Pari réussi, puisque cette rencontre au sommet entre deux légendes d’Hollywood accouche d’un biopic complexe, narrativement très élaboré et techniquement hyper-maîtrisé. Le film raconte Hoover avec pertinence, dans ses succès et dans ses excès. L’action et les affres de ce leader aux traits lucifériens rappellent immanquablement les mœurs américaines de l’époque. Car, parallèlement au portrait dessiné, c’est une nation que l’on passe au peigne fin.

 

La réussite de J. Edgar repose également sur son acteur principal, Leonardo DiCaprio, auteur d’une prestation étincelante. Il a partagé son temps entre le maquillage, époustouflant, et le tournage, où il séduit par sa crédibilité et sa présence. Il pousse la comparaison jusqu’à son paroxysme, imitant les spécificités physiques du patron du FBI et copiant son débit vocal.

 

Grâce à l’histoire d’un homme, incarnation de l’ordre et de la lutte contre le communisme, Clint Eastwood étudie les États-Unis, capture le climat ambiant et dépeint les craintes collectives. Au fil des séquences, Hoover se pose en réinventeur de la police politique et semble s’enfoncer dans la psychorigidité. Il apparaît patriote, malade, mégalomane, antipathique, visionnaire. Un puzzle confus. En réalité, le réalisateur américain magnifie le scénario de Dustin Lance Black en filmant un amour paradoxal et tourmenté, en signant une œuvre fascinante habillée de coins ténébreux. Le ressort psychologique colore la narration historique : celui qui s’adonne à l’archivage acharné peine à s’affirmer et méprise ses propres sentiments. L’homosexualité, l’illégalité, l’amoralité, l’opportunisme, la mère omniprésente : ces éléments semblent indissociables de J. Edgar Hoover. Ses perspectives relationnelles s’amenuisent à mesure que sa carrière prend de l’ampleur. La pauvreté de son horizon sentimental a de quoi déconcerter.

 

Le récit distille savamment des souvenirs fragmentés et reconstitue progressivement l’image d’un homme toujours ambitieux, souvent indigeste. En travaillant la chronologie des faits, en soignant ses plans, en multipliant les bonds mémoriels, Clint Eastwood façonne une œuvre résolument complexe et psychologiquement alarmante. Une incursion dans les méandres d’un esprit déviant qui tenait la boutique américaine d’une main de fer.

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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