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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 18:20

Il y a un an, les électeurs belges se rendaient aux urnes pour élire un nouveau gouvernement fédéral. Après d’âpres négociations, des réussites ténues et des échecs cuisants, nos représentants n’ont pas avancé d’un iota depuis les élections législatives. Quelles leçons tirer de ces mésaventures nationales ?  Quel regard portent les investisseurs et la presse étrangère sur notre démocratie ?  Quid des dysfonctionnements inhérents à notre système et de l’avenir du pays ?

Les journaux télévisés abondent tous dans le même sens : l’immobilisme de la classe politique belge quant à la conclusion d’un accord au niveau fédéral porte atteinte à l’image de Bruxelles dans le monde. Les citoyens, eux, commencent à se lasser des turpitudes des uns et de l’irresponsabilité des autres. Les caciques des grands partis apparaissent désormais comme lâches, provocateurs ou carrément incompétents. Aux yeux de nombreux Belges, les formations participant aux négociations cherchent prioritairement à satisfaire des intérêts particuliers, et ce, au détriment de l’intérêt public. En d’autres termes, le communautaire mène la danse, dans les mentalités et dans les faits. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les missions royales se multiplient (vainement), alors que le gouvernement d’Yves Leterme, en affaires courantes, voit ses pouvoirs s’élargir progressivement. Un déni de démocratie ?  Une nécessité ?  Un peu des deux.

Pendant que nos politiciens travaillent à la mise en place d’une majorité fédérale, la presse étrangère étudie et commente assidûment le spectacle belge. Nos institutions, passées au crible, font l’objet de critiques à peine voilées, tandis que l’émergence de la N-VA, parti nationaliste très populaire en Flandre, donne des sueurs froides aux élus concernés par des indépendantismes régionaux. Nos partenaires européens se questionnent au sujet de l’avenir de notre pays, n’hésitant plus à mettre en exergue les enjeux du séparatisme. Par ailleurs, les théories prophétiques ressurgissent : l’Europe devrait, à terme, se muer en une communauté de régions. En effet, partout, les mouvements autonomistes s’affirment avec force et détermination : Espagne, Belgique, Italie ou encore Royaume-Uni. Il est cependant à noter que l’Allemagne et la France échappent à la règle. Cette évolution s’inscrit pourtant en totale contradiction avec l’esprit originel de l’union imaginée par les membres fondateurs ; les peuples devaient se rapprocher et œuvrer pour des causes communes en vue notamment de prévenir les conflits.

La sphère économique attire également les attentions. Les investisseurs semblent, pour l’instant, se contenter de l’action des gouvernements régionaux. Le travail des entités fédérées s’avère aujourd’hui capital, ces dernières palliant les lacunes d’un pouvoir fédéral défaillant. Mais le calme des marchés est toujours relatif : des réactions tardives, des divisions perpétuelles ou des négociations avortées pourraient réveiller les investisseurs internationaux et contribuer à une grave débâcle financière. Les agences de notation se font de plus en plus menaçantes, en dépit d’indicateurs dans le vert et de fondamentaux solides. Par conséquent, la Belgique devra prouver son sérieux aux grands acteurs économiques et veiller à ne pas abuser de la patience de ses bailleurs de fonds.

Dans ce quasi-chaos politique, une certitude émerge : il sera très difficile de former un gouvernement sans la N-VA. Les partis flamands rejettent majoritairement cette idée. Personne ne veut décevoir son électorat ; les revendications flamingantes ont donc le vent en poupe et, dans les esprits, Bart De Wever et ses acolytes les symbolisent parfaitement. Dès lors, il serait stratégiquement malvenu, voire dangereux, de se priver des services du héraut de la cause flamande. Cela dit, arrêter une position commune et un compromis acceptable pour tous avec les nationalistes semble pour le moins complexe, tant les divergences de vues s’avèrent profondes. En outre, les attaques sournoises dirigées à l’encontre des francophones n’arrangent rien. Certains, au Nord du pays, cultivent l’art de faire feu de tout bois. Et, dans les deux camps, chaque journée apporte son lot de commentaires méprisants, de reproches abrupts, de stéréotypes et de contre-vérités. En réalité, au fil des rencontres, bilatérales ou multilatérales, les espoirs se dissipent et de nouvelles pommes de discorde se font jour.

Revoter paraît inconcevable : les sondages indiquent un refus net des électeurs et, de plus, les vacances approchent à grands pas. Finalement, quelles perspectives pour la Belgique ?  On pourrait prolonger le gouvernement d’Yves Leterme, en lui octroyant des pouvoirs plus larges, en lui attribuant un mandat légitimé par la crise que traverse le pays. Le CD&V, qui détient de nombreux postes-clés actuellement, trouve l’offre alléchante. Au regard des dernières élections, une nouvelle équipe fédérale signifierait pour lui la perte de plusieurs ministères très convoités. La N-VA, qui aspire ouvertement à l’indépendance flamande, sait que cela ébranlerait irrémédiablement l’unité nationale. Mais, ce faisant, que restera-t-il de la démocratie belge ?  La nostalgie ? 

En tout cas, les responsables politiques devront indéniablement, pour préserver le peuple et le suffrage, mettre de l’eau dans leur vin et avancer formellement vers un accord. Aujourd’hui, les deux grands vainqueurs, PS et N-VA, doivent impérativement identifier leurs partenaires pour la formation d’une nouvelle majorité. On ne bougera pas d’un pouce sans cela. La famille socialiste, la plus grande du pays, veut rester unie. Certains souhaitent que les libéraux entrent dans la danse. Il faudra trancher la question rapidement. Laisser les susceptibilités au vestiaire sera indispensable pour s’accorder sur l’institutionnel, le communautaire et le socio-économique. Et, pour chasser cet accord fantôme, pour mettre en œuvre un compromis digne de ce nom, tous vont devoir adopter des méthodes de travail communes, des valeurs de base similaires. Il en va peut-être de la survie de la Belgique telle que nous la connaissons.

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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