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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 09:27

Alors que l’élection présidentielle française se profile à l’horizon, les différents candidats en lice ont entamé une drôle de campagne. Officiellement, Nicolas Sarkozy n’est pas encore dans la course, mais personne ne doute de ses intentions. Après des primaires tapageuses, François Hollande, lui, se trouve au creux de la vague. Confronté à une légère baisse de régime, il semble mal digérer l’émiettement de l’intérêt médiatique. À défaut de le convaincre, les autres candidats cherchent à séduire l’électorat. Peu de mesures détaillées ou chiffrées, mais des discours superficiels dans lesquels se nichent des convictions usées, des idées simplistes. Finalement, à quelques mois du climax politique hexagonal, on assiste à une campagne frileuse, à des luttes de façade, chacun refusant de prendre le moindre risque et se limitant, ou presque, à commenter les sondages et à faire l’inventaire des dogmes de son parti. Osons une interrogation : les Français ne méritent-ils pas un débat décent ?

 

Il est difficile de déterminer avec précision la date du lancement de la campagne électorale. Peut-être était-ce le jour de l’investiture du candidat socialiste, François Hollande ?  L’UMP connaissait enfin son principal adversaire, celui qu’elle devrait combattre sur tous les terrains. Depuis lors, tous se sont regroupés derrière Nicolas Sarkozy, louant les mérites de son action et son infatigable volontarisme. Pourtant, officiellement, le président en exercice n’a pas pipé mot. Il n’est pas encore le candidat du plus grand parti français de droite. Un positionnement un tantinet hypocrite, puisque ses amis font déjà campagne pour lui et que personne ne doute de ses ambitions. D’ailleurs, dans ses discours, les accents électoralistes pullulent. Et le récent sommet de crise constitue une belle entreprise de communication politique : Nicolas Sarkozy se montre ouvert à la discussion syndicale et tend à démontrer qu’il reste crédible sur les questions sociales. Mais, en refusant de se porter candidat, il esquive les débats houleux, évite de commenter son bilan et peut feindre de se soucier davantage du sort des Français que de sa carrière. Au sein de la majorité, on s’évertue à afficher une entente cordiale : même Jean-François Copé et François Fillon se prêtent au jeu. Claude Guéant, quant à lui, souffle le chaud et le froid, instrumentalisant les populations étrangères, notamment musulmanes, à des fins manifestement démagogiques. L’UMP multiplie les attaques, s’oppose aux candidats déclarés, mais les grandes manœuvres se limitent pour l’instant aux critiques systématiques. Comprenez : on verra plus tard pour les idées.

 

Le Parti socialiste a tout pour remporter la bataille : un président affaibli et déstabilisé par des crises à répétition, des adversaires esseulés, fragiles ou pratiquement inaudibles, une conjoncture favorable et un certain soutien de l’opinion. Mais la cacophonie habituelle a déjà fait quelques dégâts. Concernant les mesures prônées par François Hollande pour l’Éducation nationale, l’aile gauche du PS a exprimé son mécontentement en jouant sa propre musique. Faut-il créer les 60000 postes promis ou procéder par redéploiement ?  La question a secoué le microcosme socialiste. Finalement, pour remettre de l’ordre dans la maison rose, Hollande a dû intervenir et recadrer les dissidents. Martine Aubry a, quant à elle, désavoué publiquement les fautifs, dont Benoît Hamon, son ami et porte-parole du parti. Une incartade malvenue. Une passe d’armes entre deux sensibilités du PS qui revendiquent deux conceptions divergentes du socialisme moderne. Car la désignation de François Hollande, un modéré susceptible d’appâter les centristes, a irrité les plus dogmatiques. Et, dans cette drôle de campagne, le député de Corrèze a attendu le meeting du Bourget pour dévoiler les grandes lignes de son projet. Une présentation tardive, guidée et animée par le désir de ne pas froisser certaines catégories d’électeurs, de ne pas cliver trop tôt. Une stratégie pusillanime afin de contourner les risques superflus et de surfer sur les sondages favorables. En outre, les compagnons d’armes du candidat socialiste ont compris que détailler précisément le programme gouvernemental reviendrait à fournir à leurs adversaires des arguments redoutables et à s’exposer aux attaques. Pour l’heure, le PS vise prioritairement à préserver ses intérêts et à creuser le sillon de son favori, qui se trouve sur une pente savonneuse depuis la fin des primaires, résultat inévitable d’une perte de visibilité médiatique.

 

 

 

Dans l’ombre des favoris

 

On la savait coutumière du fait : Marine Le Pen polémique une nouvelle fois au sujet des parrainages. Elle juge ce système antidémocratique. Cet épisode, certes anecdotique, révèle la nature des méthodes frontistes. Les discours agressifs succèdent aux idées simplistes qui, elles, puisent leur force dans les grandes peurs collectives. Le FN se nourrit des craintes populaires, manie habilement les hyperboles, exploite la misère et l'ignorance. On connaît la chanson, mais le disque semble rayé. Le fameux bouclier patriotique peut largement en témoigner. En dépit de propositions irresponsables, voire carrément irréalisables, Marine Le Pen se tient en embuscade, espérant rééditer l’exploit de son père. En 2002, il avait coiffé sur le poteau Lionel Jospin.

 

François Bayrou, le troisième homme de 2007, recommence à faire parler de lui. Il aura indéniablement, dans les semaines qui viennent, un rôle important à jouer. Candidat sérieux et expérimenté, il entame sa troisième campagne présidentielle. Par conséquent, il connaît les écueils à éviter et pourrait surprendre par sa roublardise. Personnalité dont les réflexions s’avèrent souvent pertinentes, Bayrou se pose régulièrement en homme de propositions. Depuis le début des hostilités, il se montre taiseux et jauge ses adversaires, conscient de son isolement et de la faiblesse du MoDem. S’il se prolongeait, son silence relatif pourrait mettre à mal le débat démocratique.

 

De son côté, Eva Joly mène un début de campagne pour le moins compliqué. Peu soutenue par la famille verte, elle formule des propositions qui ne suscitent pas beaucoup d’enthousiasme. L’écologie politique mériterait pourtant plus d’attention. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il semble marcher sur les pas de Georges Marchais. Son charisme et sa verve électrisent les foules, mais ses partisans continuent de former un cercle restreint. Enfin, pour résumer grossièrement, les autres candidats sont pratiquement inaudibles.

 

 

 

Une campagne décevante

 

La campagne s’est déjà montrée virulente, mais elle demeure incroyablement creuse. Les prétendants au trône présidentiel annoncent peu de propositions concrètes et semblent vouloir se dérober. Le chiffrage, les modalités d’application des mesures prônées ou encore le calendrier restent imprécis. Mais pourquoi les candidats cherchent-ils à se soustraire à leurs obligations ?  En réalité, tous craignent de froisser les Français en évoquant des projets douloureux et la poursuite des plans de rigueur. Car nier l’évidence des sacrifices futurs reviendrait à mentir ouvertement. Par ailleurs, les équipes de campagne savent que le premier à se dévoiler devient immédiatement une cible à abattre. Et les présidentiables ne se recrutent pas parmi les kamikazes. Aujourd’hui, une chose paraît certaine : la France attend des idées novatrices, des projets porteurs d’espoir et une confrontation argumentée. C’est doublement important, car cela permettra à la fois de rehausser les valeurs démocratiques et d’étouffer l’apolitisme rampant.

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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