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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 21:07

Alors que la Ve République a attribué au président français des pouvoirs considérables, faisant de lui un véritable monarque élu, la victoire de François Hollande vient couronner la « normalité » et le consensus, des caractéristiques rarement dévolues aux pensionnaires de l’Élysée. Politicien modéré et relativement austère, étranger aux luttes claniques, le candidat socialiste a brisé l’image entretenue depuis toujours par les présidentiables français. Son succès électoral distille indéniablement quelques savoureuses leçons.

 

Ici, il n’était pas question d’une victoire cousue de fil blanc. D’ailleurs, lorsqu’il déclare officiellement sa candidature, François Hollande n’a pas les faveurs des sondages. Ces derniers lui préfèrent Dominique Strauss-Kahn et d’autres socialistes plus renommés, mieux positionnés, davantage expérimentés. En outre, par la pauvreté de ses réseaux et son modeste rayonnement national, le député de Corrèze tranche nettement avec les favoris du moment. Et avec les anciens présidents. En effet, contrairement à eux, François Hollande n’est pas à la tête d’une religion. Pas même d’un courant ou d’une chapelle. Tout juste a-t-il fondé sa petite secte de fidèles : Stéphane Le Foll, Jean-Marc Ayrault, Bruno Le Roux, André Vallini, Michel Sapin, Faouzi Lamdaoui ou Jean-Yves Le Drian. Mais, en dépit de cette solitude politique, François Hollande a su forger sa victoire à force de persévérance et d’abnégation. Car cet homme rationnel et posé a toujours cru en lui et en son destin. Et il démontre aujourd’hui que l’on peut présider la France sans pour autant faire l’unanimité dans son propre parti. L’art de soutenir la gageure.

 

Par ailleurs, François Hollande a érigé sa prétendue normalité en argument électoral, exploitant le charisme et le volontarisme – pourtant des qualités présidentielles – de Nicolas Sarkozy pour mieux se poser en rassembleur consensuel. Alors que le monarque républicain faisait traditionnellement montre d’une verve désarmante, le socialiste a creusé son sillon en usant de nuances et de prudence. Il est parvenu à placer le président-candidat devant ses excès, transformant ainsi sa platitude assumée en vertu absolue. Du jamais-vu en matière de communication politique en France. Un aggiornamento électoral.

 

L’histoire de François Hollande, c’est aussi celle d’une traversée du désert et d’un long désamour. En abandonnant le poste de Premier secrétaire du PS, aujourd’hui entre les mains de Martine Aubry, l’ancien maire de Tulle a perdu une fonction à dimension existentielle. Parallèlement à ce vide politique, il devait faire face à la défiance, parfois redoutable, des apparatchiks socialistes. Et, pour couronner le tout, il lui a fallu digérer une défaite forcément personnelle : en 2007, Ségolène Royal, alors sa compagne, endosse le costume du candidat désigné par le PS et lui grille ainsi la politesse, mettant à mal ses plans de carrière. Mais, quelques années plus tard, François Hollande revient sur le devant de la scène, fortement amaigri et affichant la volonté farouche de se crédibiliser aux yeux des Français. « Monsieur petites blagues » (Sarkozy et l’UMP), le « nul » (Sarkozy), le « capitaine de pédalo » (Mélenchon), la « gauche molle » (Aubry), le « Flanby » (Montebourg) : tout cela se trouve désormais derrière lui. Le socialiste a su se faire violence, changer pour finalement l’emporter.

 

La modération au sommet de l’État

 

Affublé de tous les sobriquets, brocardé par la presse internationale, François Hollande a réussi à déjouer tous les pronostics et à imposer sa griffe : la modération. Avec des méthodes teintées de prudence, il dispute à Nicolas Sarkozy la présidence de la République, tirant ironiquement profit des dissonances qui l’opposent aux anciens chefs d’État. Si Manuel Valls, Pierre Moscovici et d’autres conseillers ont tâté le terrain et préparé minutieusement la bataille à l’aide de slogans, de petites phrases, de positionnements stratégiques et de chiffres gonflés à l’hélium, adoptant ainsi des pratiques bien connues des campagnes électorales, François Hollande a tout de même habilement évité les écueils et les postures outrancières. Maintenant son cap, refusant les envolées lyriques, restant ferme face à Jean-Luc Mélenchon, le nouveau président a mené une campagne rectiligne et toujours mesurée – aidé certes par des sondages dithyrambiques et un rejet massif du sarkozysme.

 

Au-delà des considérations purement politiques, on reconnaîtra à François Hollande un mérite : sa faculté à apaiser le pouvoir, à affaiblir les clivages creux. Une attitude qui désobéit aux coutumes de la Ve République et qui pourrait faire école. Quant aux principaux enseignements livrés par le combat présidentiel, ils touchent directement aux attributs des candidats : on peut remporter l’élection mère sans tenir les rênes d’un courant de pensée et sans flirter avec la démagogie ou les postures excessives.

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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