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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 08:11

Malgré des discours rassurants débités à intervalles réguliers, les marchés gardent les yeux rivés sur l’Europe et sa monnaie unique. Ils attaquent les pays fragiles, frénétiquement et inlassablement, pariant sur leur mort prochaine. Déficits publics et dettes font figure de cancers incurables, les taux d’intérêt prohibitifs étant les métastases ; les médecins boursiers administrent des remèdes basés sur la réduction des dépenses et la hausse des recettes. Un traitement de rigueur, voire d’austérité. La maladie budgétaire a déjà coûté la vie à plusieurs gouvernements européens. Inquiétant ?

 

Silvio Berlusconi et George Papandréou ont récemment dû abandonner leur poste, confiant la gouvernance de leur pays à des technocrates particulièrement appréciés par les marchés financiers. L’arrivée au pouvoir de Lucas Papademos et de Mario Monti, respectivement en Grèce et en Italie, n’est pas le fruit du hasard : elle a été favorisée par la pression des investisseurs internationaux et des agences de notation. Une pièce en plusieurs actes. Dans un premier temps, les marchés ont parié sur la faillite de la Grèce et sur l’affaiblissement durable de l’Italie, faisant grimper les taux d’intérêt des obligations de ces pays périphériques. Ensuite, nonobstant les plans de rigueur et les mesures douloureuses adoptées, ils ont maintenu leurs attaques déstabilisatrices, provoquant la chute de deux gouvernements démocratiquement élus. En dépit de politiques économiques douteuses, voire contre-productives, il demeure étonnant que la finance puisse dicter ses volontés de la sorte et mettre à mal ceux qui représentent le peuple. Pour, au final, installer aux manettes des techniciens financiers, des anciens de Goldman Sachs, la banque qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes, à trouver indûment une place dans la zone euro. Un comble. Ainsi, Mario Draghi, nouveau directeur de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, nouveau Premier ministre grec, et Mario Monti, nouveau président du Conseil italien, possèdent tous des liens étroits avec la célèbre banque d’affaires américaine. De quoi susciter les suspicions et laisser pantois les plus rationnels.

 

Par ailleurs, les récentes élections anticipées au Portugal et en Espagne, autres pays périphériques inquiétés par les marchés financiers, ont été le résultat de la défiance des investisseurs internationaux. Cela s’est traduit par la victoire des libéraux, traditionnellement davantage favorables au capitalisme et à la finance que leurs adversaires socialistes. On notera l’ironie de cette situation, puisque les chantres des thèses ayant mené à la crise se trouvent récompensés par leurs électeurs. En réalité, José Socrates et José Luis Zapatero ont payé pour des dysfonctionnements structurels, pour des troubles endémiques qui ne relèvent pas directement de leur responsabilité. Mais les marchés réclamaient un changement politique immédiat. Et, quand le spread évolue dangereusement, quand le poids de la charge de la dette explose, les États tendent l’oreille pour mieux percevoir les volontés du marché, devenues de véritables exigences indiscutables.

 

Aujourd’hui, c’est sur la Belgique que les attentions se portent. Sous la pression des marchés, après la dégradation de sa note, le pays a brusquement connu de grandes avancées concernant la formation d’un gouvernement fédéral. Les négociateurs, ceux qui s’écharpaient depuis de longs mois, ont subitement trouvé des solutions à leurs désaccords, mettant de l’eau dans leur vin et arrêtant de jeter de l’huile sur le feu. Un soupir des marchés financiers aura donc suffi à réveiller le Landerneau politique et à effrayer les plus téméraires. Alors que les Belges, eux, clamaient leur désarroi depuis longtemps. En vain. Cela révèle l’inquiétante influence des marchés, qui bénéficient d’un pouvoir grandissant, et la faible portée des aspirations citoyennes dans les nations empêtrées dans des endettements massifs et soumises aux caprices de leurs bailleurs de fonds. En outre, dans le même ordre d’idées, l’intégration européenne est relancée : on discute maintenant de mesures coercitives, de droit de regard européen sur les budgets nationaux. Les frissons boursiers peuvent donc également révolutionner les habitudes de l’Union.

 

Les hommes politiques doivent se faire une raison. Malgré leur irascibilité et leurs lubies, les marchés financiers voient leur pouvoir grandir chaque jour. À tel point qu’ils peuvent désormais influer sur le cours de l’histoire. Un diktat technique. C’est ainsi que les pays les plus exposés, de par leurs dettes, verront leur marge de manœuvre se réduire et leur autonomie être remise en cause. Une régression politique, une aliénation économique.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Économie
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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