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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 16:44

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Funny Games (1997). Déjà auréolé de deux Palmes d’or, respectivement pour Le Ruban blanc (2009) et Amour (2012), Michael Haneke compte sans conteste parmi les plus grands cinéastes contemporains. Et s’il a pris les commandes d’une grosse dizaine de longs métrages depuis ses débuts, Funny Games restera à jamais son premier coup d’éclat cinématographique. Thriller horrifique doublé d’un drame psychologique, ce film coup-de-poing s’inscrit dans un cadre au mieux oppressant, mettant en scène deux jeunes bourreaux impitoyables que rien n’arrête. Symbole de leur barbarie : l’enfer vécu par cette famille sans histoire, prise au piège, harcelée, séquestrée, brutalisée et froidement assassinée. Creusant au cœur même de la démence, le cinéaste autrichien filme – au cordeau – ces déviances qui jamais ne lâchent la bride. Atroce par les supplices qu’il exhume, clinique par l’examen de conscience qui affleure en filigrane, Funny Games a tout du jeu sordide de manipulation, dopé pour le coup au désespoir et à la cruauté. Côté technique, Michael Haneke parvient sans mal à se jouer des faibles moyens disponibles : si la photographie pèche souvent, la mise en scène se révèle en revanche percutante et la narration, imparable. Le script, quant à lui, brille de mille feux : le réalisateur n’hésite pas à intégrer des éléments fantaisistes, à briser le quatrième mur et à faire valoir l’« aspect ludique » de la torture si cher à ses personnages. Aidé en cela par un casting irréprochable, il confère une dimension inédite aux obsessions humaines et interroge avec brio les frontières morales régissant les sociétés modernes. Les plus attentifs décèleront même dans Funny Games les prémices de la grammaire « hanekienne » : plans contemplatifs, longueurs revendiquées, ponts entre les genres et métaphores indicibles. Un cinéma singulier, qui confine souvent à la poésie visuelle. (8/10)


funny-games-1997-03-g.jpg

 

 

Le Moins : Funny Games U.S. (2007). Quand Gus Van Sant décide de revisiter le mythique Psychose d’Alfred Hitchcock, cela a pour conséquence de faire froncer plus d’un sourcil. Pourtant, la démarche du pape du cinéma indépendant se veut à tout le moins digne d’intérêt : il y transpose non seulement ses propres vision et sensibilité, mais confère également à l’indémodable classique du suspense des couleurs opportunes. Tous les remakes, pour autant, ne parviennent pas à donner un second souffle aux œuvres qu’ils entendent réinventer. Ainsi, Funny Games U.S., signé Michael Haneke, se contente de singer bêtement son modèle, Funny Games version autrichienne, frappé du même sceau. Jamais il ne parvient à le surpasser, et encore moins à surprendre qui que ce soit. Après dix minutes à peine, une question nous taraude déjà : quand chaque plan, chaque ligne de dialogue et chaque décor renvoie péniblement à l’œuvre originale, faisant tout juste figure de copie conforme – voire de contrefaçon –, le tout sous la coupe du même cinéaste, n’est-on pas en présence d’un exercice de style aussi vain que lassant ?  Certains rétorqueront, à raison, que les deux longs métrages partagent strictement les mêmes qualités et insuffisances. Mais ce serait nous faire prendre des vessies pour des lanternes ; ce pâle remake n’en reste pas moins tout bonnement superflu. Pis, le mimétisme confondant, souvent indigeste, ne nous épargne rien, ou presque. On notera tout au plus deux ruptures manifestes, résidant d’une part dans la distribution des rôles – impeccable – et, d’autre part, dans le rehaussement des moyens techniques mis à la disposition de Michael Haneke – ce qui n’est pas pour nous déplaire. Vraiment pas de quoi récuser l’accusation de vulgaire opération marketing, exclusivement destinée à séduire le public américain. Quoi qu’il en soit, si Funny Games U.S. fait immanquablement pschitt (selon la formule consacrée), c’est parce qu’un simple lifting n’a jamais suffi à faire un grand film. Un cinéaste de cette trempe pouvait-il l’ignorer ?  (6/10)

 funnygames20pic.jpg

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Le Géant de fer" / Le Moins : "Main dans la main" (#14)

Le Plus : "Mary and Max" / Le Moins : "The Invention of Lying" (#13)

Le Plus : "Foxfire" / Le Moins : "Hero" (#12)


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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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