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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 09:27

Le saviez-vous ?  Aux États-Unis, la course à la magistrature suprême comporte au moins trois travers portant atteinte aux exigences démocratiques les plus élémentaires.

 

Mais encore ?  Si les États-Unis peuvent se targuer d’organiser les élections les plus suivies au monde, le mode de désignation de leur président souffre en revanche de plusieurs vices plutôt fâcheux. Le premier d’entre eux permet au candidat minoritaire de remporter le scrutin. Ce fut notamment le cas en 2000, quand George W. Bush a coiffé Al Gore au poteau. Cela résulte directement de l’application du « winner-take-all » : même en cas de résultat serré, le vainqueur d’un État glane tous les suffrages exprimés, empochant ainsi chaque grand électeur y étant en jeu. Ces derniers, représentant ensemble tout le territoire américain, forment le collège électoral, à qui revient la charge de désigner tous les quatre ans le président qui prend les commandes du pays. Une seule voix peut donc faire basculer tout un État dans un camp ou dans l’autre – démocrate ou républicain. La Maison Blanche peut dès lors hériter d’un candidat laminé presque partout, mais légèrement majoritaire dans quelques contrées très peuplées – les côtes, par exemple. Le second travers du système américain relève du poids accordé à chaque électeur. Si la logique voudrait qu’une démocratie attribue le même crédit à tout citoyen, les États-Unis se posent, eux, en contre-exemple absolu. Chaque État envoie au collège un nombre de grands électeurs équivalant au total de ses sénateurs – deux – et de ses représentants au Congrès – proportionnels à la quantité d’habitants. Le processus favorise par conséquent les territoires les moins peuplés, souvent ruraux, blancs et proches des républicains. Dans les faits, un grand électeur représente en moyenne 500 000 Américains. Le collège en comprend actuellement 538. Mais il existe une forte disparité entre les petits États, comme le Wyoming, où il équivaut parfois à moins de 200 000 habitants, et les grands États, comme la Californie, où il peut avoisiner les 650 000 voix. Les distorsions se révèlent donc au mieux gênantes – et au pire antidémocratiques. Enfin, la dernière faiblesse du système états-unien réside dans l’influence démesurée des swing states, ces États indécis qui basculent régulièrement d’un parti à l’autre. Ces territoires particulièrement disputés polarisent toutes les attentions, tirant de fait la couverture politico-médiatique à eux durant toute la campagne présidentielle. Les États acquis se trouvent par contre orphelins de tout enjeu, et donc grandement, voire gravement, déconsidérés.

 

Citation. « Prenez 15 des 50 États les plus petits : ils représentent 56 voix dans le collège électoral, leur population totale est d'environ 16 millions d'habitants. L'État de Californie compte quant à lui une voix de moins que ces États, c'est-à-dire 55 voix, mais la population représente plus du double. On constate parfaitement qu'un biais très fort favorise les petits États. » – Michel Balinski, directeur de recherche au laboratoire d'économétrie de l'École polytechnique et au CNRS, dans Le Nouvel Observateur, en 2004.


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Published by Jonathan Fanara - dans Le saviez-vous
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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