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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:35

Véritable condensé de l’œuvre de David Fincher, Millénium multiplie les clins d’œil patents et les références masquées. Avec cette adaptation du best-seller de Stieg Larsson, journaliste et écrivain suédois, le réalisateur culte américain filme la terreur d’une famille désaxée et se joue de l’humanité des personnages principaux. Un énième chef-d’œuvre, imprégné de secrets malsains et porté par des acteurs impeccables.

 

Henrik Vanger, un puissant industriel suédois, décide d’engager le journaliste d’investigation Mikael Blomkvist pour percer un mystère qui le tourmente depuis de longues années. Harriet, sa nièce, a soudainement disparu, sans laisser le moindre indice. Impressionné par son habileté, et après avoir soigneusement décortiqué son passé, l’homme d’affaires parvient à s’attacher les services de Blomkvist, empêtré alors dans un scandale judiciaire. Plus tard, Lisbeth Salander, pupille de la Nation, le rejoint. Jeune femme rebelle, mais néanmoins enquêtrice exceptionnelle, c’est elle qui a fouillé son histoire personnelle pour le compte de Vanger. Ces deux personnalités opposées vont progressivement se rapprocher et tisser des liens étroits. Sans le savoir, ils plongent ensemble au centre des pires méfaits, où la haine, la barbarie et le meurtre se disputent la palme de l’horreur.

 


David Fincher, autoréférence et virtuosité

 

Avec Millénium, les inconditionnels de Fincher peuvent se délecter à décrypter les autoréférences, puisque l’on retrouve dans cette ingénieuse recette tous les ingrédients qui ont fait le succès du réalisateur : les symboles bibliques et la cruauté de Seven, l’investigation de Zodiac, l’opacité des personnages de The Social Network, la violence de Fight Club ou encore certains effets visuels de Panic Room. Et une évidence s’impose : David Fincher est l’un des meilleurs ambassadeurs du thriller américain. D’ailleurs, l’adaptation d’un best-seller aux innombrables dérivés avait tout d’un exercice périlleux, surtout au regard de l’enthousiasme suscité par ce projet. Mais celui que l’on compare volontiers au génial Stanley Kubrick n’a pas mordu la poussière. Au contraire. Il parvient sublimement à transformer l’essai et livre un long métrage résolument personnel, foncièrement nerveux, indéniablement viscéral, troublant et audacieux. Le casting n’est pas étranger à cette remarquable réussite : la taiseuse Rooney Mara, métamorphosée dans ce rôle de composition, habite littéralement son personnage, une orpheline ombrageuse et désabusée, une punk introvertie et acérée. Quant à Daniel Craig, s’il ne détonne pas, il incarne avec charisme Mikael Blomkvist. Du sur mesure.

 

Que retenir de Millénium ?  Un voyage au cœur des ténèbres, la radiographie d’une Suède nazie et corrompue, personnifiée par une famille incestueuse, recluse et autarcique, transpirant le vice, la jalousie et le désenchantement. L’histoire des Vanger, tombeau de la sensibilité, vitrine des êtres déshumanisés ?  En creusant, en craquant le vernis, les deux enquêteurs déterrent les cadavres et lèvent le voile sur l’horreur qui entoure ces riches entrepreneurs, dont la forme lustrée peine à dissimuler le fond scélérat. L’intrigue se veut ténébreuse et haletante ; sa couleur demeure sombre et angoissante. Par ailleurs, et c’est l’une des clés du scénario, on s’aperçoit que Mikael et Lisbeth, en s’engageant dans cette affaire, cherchent avant tout à se reconstruire, socialement, sentimentalement, voire professionnellement. Une recherche de vérités historiques, mais une quête bien personnelle.

 


Un sans-faute technique

 

Niels Arden Oplev ?  David Fincher affirme ne rien savoir de son œuvre. Après tout, pourquoi pas ?  Adapter un roman-fleuve constitue déjà une entreprise ardue. Alors, se lancer en plus dans le remake d’un film suédo-danois inspiré dudit bouquin… Soit. Plutôt que d’amorcer des débats stériles, étudions l’habillage technique de Millénium, lequel se définit par quelques grandes lignes directrices.

 

Le premier obstacle à la bonne marche du projet reposait sur l’écriture. La reconstitution de ce puzzle narratif complexe constituait un défi de taille, capable de décourager les auteurs les plus enthousiastes. Mais, pour donner vie au texte, l’ajuster et le magnifier, David Fincher pouvait compter sur un scénariste brillant, Steven Zaillian, une des plumes les plus convoitées d’Hollywood, présent notamment sur les tournages de La Liste de Schindler, American Gangster ou encore Gangs of New York. Cet écueil contourné, le réalisateur américain pouvait s’adonner pleinement à son art. Après une introduction bluffante, faisant la démonstration de qualités techniques certaines, Fincher opte pour le bousculement de caméra et l’alternance entre des séquences courtes et longues. Il fait preuve de rigueur dans la mise en scène et de fluidité dans le montage. Et la direction des acteurs, élément cardinal pour Millénium, ne souffre d’aucune lacune. En réalité, on assiste au déroulement d’un récit binaire, tranquille avec Daniel Craig et nerveux avec Rooney Mara. Des comédiens crédibles, des prestations parfois hallucinantes. Et, pour clôturer ce tour d’horizon, il faut s’attarder sur la lumière et, plus généralement, sur la plastique mise en œuvre. On connaît les exigences de Fincher en la matière, énormes et indiscutables. Pour la photographie de Millénium, il est épaulé par Jeff Cronenweth, un chef opérateur talentueux influencé par le cinéma d’Ingmar Bergman. Un homme avec lequel il apprécie travailler, cette collaboration succédant à d’autres. Tourné en Suède, où la lumière tranche avec celle des États-Unis, le film affiche une mise en scène soignée, toujours maîtrisée, et des plans souvent magnifiques. Le cadrage et la plastique font montre d’une précision chirurgicale.

 

David Fincher, cinéaste aux multiples casquettes, peut ajouter une nouvelle perle à une filmographie qui en compte déjà beaucoup. Il impose définitivement sa griffe dans cette œuvre notable et offre au public l’une des plus belles héroïnes depuis Le Silence des agneaux. Un thriller noir, percutant, héritier du meilleur cinéma et candidat naturel au panthéon du genre.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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