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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 21:44

Personne ne le contestera : Chokri Belaïd décroche une victoire posthume. Cette figure de proue de la gauche tunisienne, tribun des pauvres et des femmes, donne en effet bien du fil à retordre à ses anciens adversaires islamistes. Son hommage a viré à la manifestation anti-Ennahda et a jeté des milliers de Tunisiens dans la rue, provoquant un séisme politique plutôt fâcheux pour le pouvoir en place.

 

Pire : les islamistes apparaissent désormais affaiblis et divisés. Le Premier ministre Hamadi Jebali, un modéré issu des rangs nahdaouis, tente tant bien que mal d’installer un gouvernement de technocrates, contre l’avis pourtant catégorique de son propre parti. Pour avancer ses pions, l’homme fort de l’État n’a pas hésité à mettre sa démission dans la balance. Un pari au mieux risqué. Si l’opposition laïque et moderniste y voit un signal positif, la communauté internationale scrute en revanche avec inquiétude des institutions qui peinent à recouvrer leur stabilité d’antan (même l’ère bénaliste présentait ses avantages).

 

Ceux qui espéraient une intervention de l’ANC pour contrecarrer les plans de Jebali devront se faire une raison. Car les experts s’accordent à dire que le Premier ministre, par ses prérogatives, peut librement procéder à des remaniements, gérant ainsi à sa guise les portefeuilles ministériels et leur périmètre. Inutile de préciser que les plus radicaux d’Ennahda ne l’entendent pas de cette oreille. Ce qui laisse augurer de redoutables luttes intestines. Mais ce n’est pas tout : à cela, il faut ajouter les dissensions d’une troïka devenue franchement bancale. Le CPR et Ettakatol ne cessent en effet de s’éloigner des nahdaouis. À l’origine de ces divisions : les discussions interminables entourant l’éviction de ministres islamistes et une répartition plus équitable des maroquins.

 

Quoi qu’il en soit, deux ans après sa « révolution de jasmin », Tunis attend toujours sa nouvelle constitution. Quant aux élections législatives de 2013, elles pourraient subir le contrecoup des soubresauts actuels. Qu’on se le dise : l’instabilité constitue souvent le meilleur prétexte à l’immobilisme. Et, accessoirement, à l’autoritarisme. Les Tunisiens ne le savent que trop bien.


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Published by Jonathan Fanara - dans Édito
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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