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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:06

Premier constat : avec Take Shelter, Jeff Nichols inscrit définitivement son nom sur la liste des grands espoirs du cinéma américain. Il signe un second film fascinant, irrésistible mindfuck, imprégné de maturité et de justesse. Dans la noble lignée de Melancholia, de Lars von Trier, Take Shelter contemple la fin du monde, réelle ou imagée, et y puise de quoi délivrer un message lumineux. Photographie de l’esprit torturé d’un ouvrier ordinaire, le scénario met en scène un père de famille attentionné à l’équilibre fragile, également fils désenchanté, terrifié à l’idée d’avoir peut-être hérité de la schizophrénie de sa mère. Cet homme désorienté, tourmenté par des cauchemars peuplés de tempêtes et de pluies huilées, hésitent entre deux diagnostics : l'hallucination ou la prémonition. L'œuvre propose également une réflexion sur l'amour, le handicap et les concessions familiales. Des sujets certes convenus, mais ragaillardis sous le scalpel de Jeff Nichols, chirurgien des images et radiologue du quotidien. Quant à la distribution, les deux acteurs principaux, Jessica Chastain et Michael Shannon, nous gratifient d'une prestation remarquable et forment à l'écran un couple hétérogène et complexe.

 

Take Shelter, véritable drame psychologique, constitue surtout une critique acerbe de l'Amérique. Les craintes irrationnelles y foisonnent et s’y épanouissent. L’évocation limpide d’une nation traumatisée par les attentats du 11 septembre. La tempête redoutée et l'abri tant convoité symbolisent les démons intérieurs des classes moyennes, à l'heure de la désindustrialisation, de la crise économique et des délocalisations. Des vents mondialisés, un bunker nationaliste ?  Une vision poétique du protectionnisme. En outre, le récit se nourrit des difficultés quotidiennes des familles américaines : la maladie, les assurances, le chômage, l’argent, la vie parentale, la socialisation… Des questions politiquement sensibles, qui apportent à l’œuvre une densité considérable et qui côtoient une technique exigeante. Un film inclassable, vétilleux, qui confirme l’immense talent de Jeff Nichols.

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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