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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 05:44

L’Union européenne fait face à un défi de taille : combattre un chômage devenu largement structurel. Pour ce faire, les États membres multiplient les initiatives, sans que les résultats ne soient pour autant au rendez-vous. Alors, forcément, la tentation de désigner un bouc émissaire, même fantasmé, prend parfois le dessus. Mais cette fraude intellectuelle, contre-productive, tend à empêcher toute analyse rigoureuse des tenants et aboutissants. Revenons donc au cœur du débat en détaillant trois mesures qui permettraient, peut-être, de fluidifier et de rendre plus efficient le marché de l’emploi.

 

1) Réinventer la formation professionnelle. Combien de filières encombrées, voire saturées, orphelines de débouchés ?  Combien de postes vacants faute de candidats suffisamment qualifiés ?  L’inefficience du marché de l’emploi témoigne de l’impuissance relative des pouvoirs publics, incapables de réinventer un modèle d’apprentissage en crise, même en période de chômage de masse. Il faut dire, à leur décharge, que les miroirs aux alouettes foisonnent toujours – secteurs bouchés mais attractifs, professions en pénurie mais rebutantes –, ce qui occasionne des dysfonctionnements notables, lesquels tendent à devenir davantage la règle que l’exception. Pour oxygéner le marché du travail, il semble indispensable de réinventer la formation professionnelle. Alors, pourquoi, par exemple, ne pas organiser à intervalles réguliers des symposiums consacrés aux différentes thématiques relatives à l’emploi ?  Représentants syndicaux, chefs d’entreprise, hommes politiques et experts de tout poil y définiraient ensemble les grandes réformes de demain. Les rapports qui en ressortiraient seraient débattus au Parlement pour, ensuite, se décliner en programmes législatifs. Mieux encore : il convient, aujourd’hui plus que jamais, d’arrimer la formation, prise dans son ensemble, aux réalités économiques en vigueur, à savoir les besoins tangibles des entreprises et les prévisions sectorielles communément admises. Pour cela, quoi de mieux que de resserrer les liens entre l’apprenant – étudiant, stagiaire ou apprenti – et le monde du travail ?  Il « suffit » de relancer l’immersion en entreprise et de cultiver une interdépendance mutuellement profitable (services contre expérience et, éventuellement, financement). De manière générale, les pouvoirs publics se doivent d’encourager la formation continuelle en vue de répondre aux évolutions théoriques, technologiques et managériales.

 

2) Réduire le temps de travail. Vieille lubie d’une gauche poussiéreuse ?  La question du temps de travail fait régulièrement couler l’encre. Mais les débats virent trop souvent à la caricature et au pugilat stérile. L’étude approfondie des variables en jeu exige pourtant nuances et mesure. Entre 1820 et 1960, la productivité a été multipliée par deux en Europe de l’Ouest. Impressionnant ?  Vraiment ?  Depuis, elle a quintuplé !  La révolution industrielle et le travail à la chaîne ont engendré des mutations dérisoires au regard de ce que nous connaissons depuis maintenant quarante ans. En effet, grâce à la multiplication des robots et des ordinateurs, la productivité du travail humain a nettement progressé. Plus éloquent encore : entre 1900 et 1970, la semaine de travail est passée de sept à cinq jours, tandis que les journées s’effritaient, de douze à huit heures. Et, dans le même temps, les salariés acquéraient le droit aux vacances annuelles légales. Ainsi, l’Europe de l’Ouest a divisé par deux le temps de travail, alors même que les gains de productivité restaient modérés. Depuis lors, bien qu’une authentique révolution soit en marche, la durée de travail hebdomadaire reste invariable. De Michel Rocard à Edgar Morin, en passant par les syndicats français et allemands, les soutiens à la semaine de quatre jours se comptent pourtant en légions. Face à eux, les rangs des détracteurs, qui évoquent à juste titre la question de la compétitivité, ne désemplissent pas. Il semble pourtant possible de concilier les deux camps autour d’un projet équilibré et non dogmatique. D’abord, les faits : en 1997, une étude du ministère français du Travail estimait qu’adopter les 32 heures permettrait de créer au moins 1 600 000 emplois. Cela sans même compter les effets indirects induits par l’augmentation du temps libre et le surcroît de consommation. Mieux encore : l’alignement de la durée, tant journalière qu’hebdomadaire, sur la productivité relève d’un processus historique sans doute irréversible. Prenons l’exemple de la France : si elle revenait aux 39 heures, cela occasionnerait des tensions irréparables sur le marché du travail. Et aggraverait d’autant plus non seulement la précarité des CDD, mais surtout le taux de chômage, déjà inquiétant. Au contraire, la semaine de quatre jours obligerait in fine les entreprises, même réticentes, à engager. Des centaines de sociétés ont déjà franchi le pas ; elles ne s’en portent pas plus mal. En revanche, il est indispensable d’activer les fonds habituellement dévolus aux allocations de chômage afin d’impacter positivement les charges pesant sur le travail. Et de mettre en œuvre des dispositifs d’accompagnement en faveur des PME. Le tout en vue de maintenir la compétitivité des entreprises.

 

3) Concevoir un programme ambitieux de construction de logements sociaux. Aujourd’hui, la plupart des Fonds de réserve de retraites et des Fonds de pension investissent leurs capitaux en bourse. C’est notamment le cas en France, en Belgique (pour les deuxième et troisième piliers), en Grande-Bretagne ou encore aux Pays-Bas. Le rendement moyen s’avère alors tributaire des aléas des marchés financiers. Et l’argent placé n’est pas à l’abri d’une soudaine débâcle. Il existe pourtant des alternatives crédibles, offrant des retours sur investissement attractifs tout en neutralisant tout risque d’effritement du capital initial. Alors pourquoi, par exemple, ne pas employer ces fonds « dormant » en bourse afin de mettre en œuvre un vaste plan de construction de logements sociaux ?  Non seulement ce projet créerait de l’emploi dans le secteur immobilier et garantirait de solides rendements, mais il aurait en plus un effet bénéfique sur l’évolution des loyers, qui ne cessent de grimper. Car, avec un parc social sous la coupe des autorités publiques, le gouvernement aurait la possibilité de déterminer à sa guise les prix en vigueur. Et le privé, à terme, se verrait contraint d’adapter ses exigences tarifaires sous peine de perdre des plumes. C’est la loi de l’offre et de la demande. D’autres avantages se feraient jour : une politique de mixité sociale ambitieuse pourrait, par exemple, être poursuivie dans les lotissements nouvellement édifiés. Enfin, last but not least, les économies réalisées par les ménages sur leur loyer se trouveront, au moins partiellement, réinjectées dans l’économie, via la consommation ou l’investissement. De quoi enclencher un cercle vertueux conduisant à la création de nouveaux emplois.

 

 

Lire aussi :

Chômage : l’Europe en quête de remèdes – LSV #5

Dijsselbloem, l’encombrant compromis franco-allemand

UE : l’austérité, un épouvantail contre-productif


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Published by Jonathan Fanara - dans Trois mesures pour...
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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