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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 18:48

La crise de la dette n’en finit pas de malmener le vieux continent. Alors que les plans de rigueur se multiplient, les remèdes prescrits par les institutions internationales ont plongé le malade dans un profond coma économique. Et ils s’offrent en prime le luxe d’indigner un peu plus des Européens déjà à bout de nerfs.

 

C’est par un traité multilatéral instaurant la CECA, au début des années 1950, que le vieux continent entrevoit l’apaisement tant attendu. Après plusieurs guerres dévastatrices, dont deux mondiales, la France et l’Allemagne, talonnées par le Benelux et l’Italie, décident de contracter un mariage de raison. Ce sont les premiers balbutiements d’une union plus générale, qui finira par regrouper 27 pays européens – en attendant l’arrivée prochaine de la Croatie. Cette intégration, essentiellement économique, symbolisée par la monnaie unique, a permis de mettre un terme aux conflits armés et de réunir à intervalles réguliers des chefs d’État et de gouvernement qui, auparavant, se regardaient en chiens de faïence. Et, malgré quelques failles – un certain déficit démocratique doublé d’une vision politique atrophiée –, la boutique a toujours été globalement bien tenue.

 

Cette Union qui vacille

 

Problème : aujourd’hui, la maison brûle. Et les pompiers traditionnels – BCE, Eurogroupe, Commission, Conseil – peinent à éteindre un feu qui se propage dangereusement. Ces dernières années, l’Europe n’est plus perçue qu’à travers le prisme de l’austérité, une conception tronquée qui porte considérablement préjudice à son image et, pis encore, à ses fondements historiques. Résultat : les peuples se défient désormais majoritairement des institutions communautaires, suspectées de faire le jeu de la finance internationale et de l’ultralibéralisme. Et en toute opacité qui plus est. C’est ainsi que les plans de rigueur se succèdent et que l’Union paraît comme aveuglée par ses objectifs de réduction de dette.

 

Un peu partout, on encadre les salaires, on réforme les retraites, on amenuise les prestations sociales, on taille dans les dépenses publiques, on diminue le nombre de fonctionnaires, on privatise, on augmente les impôts. Avec, pour contrecoup direct, la souffrance des plus modestes et une récession qui s’installe dans la durée. Mais ce n‘est pas tout : la libéralisation des services publics et l’ouverture des marchés ont marqué de leur empreinte les deux dernières décennies. Cela, officiellement, pour des raisons de compétitivité, de réduction des coûts et de libre concurrence. Or, les Européens n’ont retenu que les dysfonctionnements, le chômage et l’inflation des prix – largement fantasmée pour le coup.

 

Tuer le malade pour soigner la maladie

 

Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer cette politique économique jugée contre-productive. L’histoire corrobore d’ailleurs leur grille de lecture. Dès les années 1920, John Maynard Keynes, avocat de l’interventionnisme régulateur, préconise l’action des pouvoirs publics en vue de relayer les acteurs privés lorsque l’emploi, la consommation et l’investissement sont en berne. De quoi combattre le chômage et relancer l’économie. Mais les décisions récemment adoptées par les autorités européennes ne s’inscrivent nullement dans cette logique. Au contraire.

 

Pourtant, s’il est vrai que le service de la dette détruit de facto une bonne partie des richesses créées par nos économies, si l’on ne peut nier que le vieux continent doit vivre selon ses moyens – et non au-dessus –, raisonner uniquement en termes d’ajustement budgétaire s’avérerait au mieux fâcheux. Cela revient en effet souvent à valider la menace récessionniste, voire à enclencher un cercle vicieux déflationniste, dû à la thésaurisation et à la contraction de la demande.

 

Sortir de l’impasse

 

Pour redorer son blason, l’Union européenne dispose en réalité de peu de solutions. Il lui faut en tout cas faire preuve de pédagogie et enrayer cette machine infernale essentiellement faite de rigueur et de détresse. Si les réformes structurelles relèvent sans conteste du bon sens, leur application brutale étouffe en revanche l’économie et tue dans l’œuf tout espoir de relance. Car gérer ses finances en bon père de famille ne signifie pas priver ses enfants de repas, mais bien épargner durant les périodes fastes pour ensuite pouvoir faire face aux dépenses imprévues. Van Rompuy, Dijsselbloem, Barroso, Merkel et consorts ne doivent pas l’oublier, sous peine de rebuter un peu plus les citoyens européens.


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Published by Jonathan Fanara - dans Économie
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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