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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 22:35

La disparition de Hugo Chávez, le président vénézuélien, a été commentée partout à travers le monde. Ses laudateurs et ses opposants ont ainsi pu se partager la parole médiatique, une occasion unique pour eux d’imposer leurs jugements, parfois hâtifs et outranciers. Résultat : entre les images d’Épinal et celles de liesse populaire, téléspectateurs, lecteurs et auditeurs avaient sans conteste le choix du râtelier.

 

Le leader bolivarien, sensible aux thèses marxistes, a souvent été dépeint comme un dirigeant autoritaire, suspecté de museler la presse pour mieux porter aux nues son action. Il aura pourtant bénéficié, tout au long de sa carrière politique, d’un large soutien populaire, jamais démenti dans les urnes. Et si la presse d’État faisait effectivement son apologie, les médias privés conservaient quant à eux une liberté et une capacité de nuisance considérables. De quoi faire taire les plus soupçonneux.

 

C’est plutôt dans le champ économique que le bât blesse. L’ancien militaire n’est jamais parvenu à diversifier l’activité nationale, par trop dépendante du secteur pétrolier, dont la production a pourtant stagné ces dernières années. Une sorte de « maladie hollandaise » frappe le Venezuela, dont les ressources naturelles constituent le principal moteur de croissance et l’essentiel des exportations. On pourrait légitimement résumer la situation ainsi : le pays vit pour et par l’or noir.

 

En revanche, sous Chávez, la pauvreté a drastiquement diminué, la rente pétrolière permettant la mise en œuvre de politiques sociales ambitieuses, lesquelles oxygènent des classes populaires autrefois miséreuses. Mais une chute brutale des cours – scénario cependant peu probable – pourrait venir gripper la mécanique chaviste. Car ni l’exploitation gazière, qui peine à décoller, ni les industries de l’aluminium et du ciment, en panne depuis leur nationalisation, ne pourraient prétendre prendre le relais. Et pis encore : l’inflation dépasse désormais allégrement les 20 % – une véritable épée de Damoclès.

 

Le Venezuela hérite en outre d’un système bureaucratique sclérosé et d’un niveau de corruption effarant. Les homicides y pullulent, traduisant une insécurité toujours plus alarmante. Plus généralement, c’est tout le PSUV qui portera longtemps les stigmates du chavisme, à savoir la défiance de l’Occident, les attentes démesurées de l’Amérique du Sud, un populisme débridé et une posture équivoque à l’égard des pires dictatures.

 

Modèle pour les uns – les bolivariens, l’extrême gauche –, adversaire pour les autres – les Américains, les libéraux –, le régime de Hugo Chávez n’a en tout cas pas fini de faire couler l’encre. Son héritage, à la fois pesant et nuancé, devrait en toute logique être accepté sous bénéfice d’inventaire.


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Published by Jonathan Fanara - dans Édito
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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