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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 19:32

Hériter de l’Éducation nationale est tout sauf une sinécure. Vincent Peillon, spécialiste des matières scolaires, devra relever un défi de taille : amorcer les réformes tant attendues et dompter des syndicats souvent peu conciliants. Ce docteur en philosophie, ex-royaliste, veillera pour cela à soigner sa communication et à ménager les susceptibilités. Car, rue de Grenelle, le corporatisme fait loi et les chutes peuvent se révéler vertigineuses…

 

Vie privée. Né en 1960 d’une mère juive, directrice de recherche à l’Inserm, et d’un père communiste, banquier de profession, Vincent Peillon décide très tôt d’étudier la philosophie – il sera agrégé et docteur. Une matière qu’il enseignera ensuite à son tour. Son grand-père, le professeur Léon Blum, fut le promoteur de l'insulinothérapie en France. Sa grand-mère, Thérèse Lion, militante féministe, menait quant à elle une carrière d’avocate. Père de quatre enfants issus de deux unions, remarié à la journaliste Nathalie Bensahel, Vincent Peillon fait partie de ces nombreux politiques français fréquentant une femme originaire du monde médiatique. Enfin, rappelons qu’il a commencé à militer dans la mouvance trotskiste et qu’il a travaillé pour la Société des wagons-lits. Plus tard, il créera une entreprise d'importation de saumon fumé. Et deviendra brièvement directeur de recherche au CNRS, dans les années 2000.

 

Ascension politique. Au début des années 1990, Vincent Peillon intègre le cabinet d’Henri Emmanuelli. Il débute alors notamment par la rédaction de discours. Secrétaire du groupe des experts du Parti socialiste en 1993 et 1994, il entre rapidement au bureau national. Par la suite, il devient chargé de mission pour l’écriture des discours de campagne de Lionel Jospin et délégué du Premier secrétaire (de 1995 à 1997), puis député de la Somme dans la 3ème circonscription (1997) et porte-parole du PS (2000-2002), sous la mandature de François Hollande. Après la cuisante débâcle de 2002, il cherche à rénover un parti désormais en perdition ; il met en place le Nouveau Parti socialiste, avec Arnaud Montebourg et Julien Dray, deux enfants terribles de la gauche française. En 2004, il est élu député européen. Il devient ensuite membre de la Commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie. En 2009, il obtient un second mandat au Parlement européen. Il siège alors au sein des commissions parlementaires des Affaires étrangères et du Développement, ainsi que dans l’Assemblée Euro-Méditerranéenne et dans la délégation Maghreb. Durant la campagne présidentielle de 2007, il fut l’un des trois porte-parole de Ségolène Royal. Mais un divorce politique s’ensuivra : le lieutenant s’émancipe et le clash de Dijon acte définitivement la rupture. L’ancienne candidate s’était alors invitée à une rencontre que Vincent Peillon avait organisée entre membres du PS, d’EELV et du MoDem. Un hold-up médiatique peu apprécié par le principal intéressé. Par ailleurs, en 2005, il fait partie des personnalités socialistes qui s’opposent à la Constitution européenne, alors que François Hollande y est favorable. Enfin, pendant la campagne présidentielle de 2012, il hérite de la responsabilité des sujets relatifs à la jeunesse et à l’éducation.

 

Signes distinctifs. Vincent Peillon se distingue de ses collègues socialistes par sa main tendue au centre. Il préconise une entente avec le MoDem, une position renforcée par le soutien de François Bayrou au candidat du PS lors de la dernière présidentielle. Brillant débatteur, réputé calme et modéré, il peut compter sur une solide expertise quant aux questions scolaires et éducatives.

 

Un ministère à hauts risques. Même si Vincent Peillon connaît la boutique par cœur, il devra veiller à éviter les écueils. Car, rue de Grenelle, les échecs pullulent. Des syndicats irascibles, souvent conservateurs, scrutent les moindres faits et gestes du ministre. Les fautes de communication peuvent se révéler lourdes de conséquences. Jean-Pierre Chevènement et Lionel Jospin, deux anciens titulaires du portefeuille, peuvent en témoigner. Et si François Hollande a désigné l’école comme priorité de son quinquennat, cela ne fait qu’ajouter un peu de pression supplémentaire sur les épaules de l’ancien député européen. Les réformes annoncées ne concernent pas seulement les 60 000 postes promis : il faut également réformer le métier d’enseignant, réinventer la formation dispensée, modifier le temps de travail et combattre le déclin scolaire. Un projet d’envergure, que la droite a repoussé à maintes reprises. Notons que Luc Chatel a laissé un cadeau empoisonné à Vincent Peillon : les rythmes scolaires. Le sujet se veut symbolique, car c’est Nicolas Sarkozy qui avait en son temps supprimé le samedi matin - mesure critiquée par les professeurs et les experts en chronobiologie. Et, très rapidement, le nouveau ministre se prend les pieds dans le tapis. Il promet le retour à la semaine de cinq jours dès 2013. Les syndicats dénoncent une absence de concertation. Jean-Marc Ayrault doit déjà le recadrer. Pourtant, Vincent Peillon maîtrise indéniablement son sujet, bénéficie d’un cap clairement défini et a déjà entamé des discussions sur de nombreux dossiers. Et, en outre, il s’entoure d’experts reconnus. Son directeur de cabinet, Pierre-Yves Duwoye, est l’ancien secrétaire général du ministère. Autant dire qu’il connaît la maison comme sa poche. Mais cette minutieuse préparation et ces collaborateurs expérimentés ne protègent pas le nouveau ministre de toutes les difficultés inhérentes à la fonction.

 

Les principaux défis. Vincent Peillon devra apprendre à travailler vite sans pour autant se précipiter. Il lui faudra préparer la rentrée avec 14 000 suppressions d’emplois déjà programmées par la droite. Par ailleurs, une création de 1000 postes devrait avoir lieu pour l’école primaire. Autre épine dans le pied du ministre : le rehaussement de la formation des maîtres. Les nouveaux enseignants devraient bénéficier dès la rentrée de cours théoriques (trois ou quatre heures par mois). Des écoles professionnelles pourraient voir le jour. Elles remplaceraient les IUFM, très critiqués par certains experts. Le calendrier et les statuts de ces nouveaux établissements restent cependant à définir. En outre, la nouvelle équipe souhaiterait féminiser et rajeunir des cadres désormais vieillissants. Et on prévoit également l’abrogation des décrets réformant l’évaluation des enseignants – ce qui suppose une remise en question complète de leur rôle et du financement. Mais il faudra pour cela composer avec l’administration nommée par la droite. Et, surtout, tenter de satisfaire les syndicats, qui espèrent la mise en place immédiate de certaines mesures, notamment l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire. Enfin, last but not least, les évaluations nationales vont certainement connaître de grands bouleversements. 

 


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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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