Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 18:56

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Mud (2012). À 34 ans, Jeff Nichols sait déjà y faire avec une caméra. Après l’indispensable Take Shelter, il revient à la charge sur les rives du Mississippi, armé de son goût immodéré pour les images léchées et les arches narratives romanesques. Moins déroutant que par le passé, le cinéaste américain vient néanmoins frapper avec pugnacité à la porte des ogres du septième art. Car ce qu’il a perdu en effet de surprise, il l’a incontestablement gagné en maturité. Son film dresse le portrait sans concession d’une certaine Amérique, désabusée et éprouvée, un peu à la manière d’un Terrence Malick. Mieux, avec cette amitié naissante filmée à hauteur d’enfants, Mud prouve qu’il a autant de cœur que de souffle. Déjà fort d’une distribution irréprochable – Matthew McConaughey enfin dans la cour des grands ? –, il peut en outre se prévaloir d’une photographie classieuse, d’un cadrage savant et d’une mise en scène imperturbable. De quoi faire de ce joyau poli un classique instantané. D’autant plus que le scénario prend le temps de planter le décor, avant d’entremêler avec doigté les intrigues – une histoire d’amour imparfaite, des gosses en quête de repères, une vengeance personnelle, une cavale éprouvante. Cultivant l’art – mésestimé – du repérage cinématographique, produisant pas moins de 130 minutes de séquences sublimes sans le moindre déchet corollaire, Jeff Nichols va au bout de cette rencontre entre deux adolescents et un mystérieux rebut, aussi crasseux et affamé que magnétique, conférant à son œuvre une portée symbolique rarement rencontrée ces dernières années. Enfin, pour l’anecdote, on retrouve une nouvelle fois l’habituel et inusable Michael Shannon, un rien sacrifié mais impeccable comme à l’accoutumée. (9/10)

 

Le Moins : Spring Breakers (2012). Ceux qui ont cherché une quelconque filiation à Spring Breakers ont dû se faire une raison : par l’imagerie ostensiblement déployée, de la violence débridée à la nudité gratuite, le film de Harmony Korine s’inspire ouvertement des clips de rap les plus effrontés. Surfait et sans mesure aucune, le long métrage prend le parti d’immiscer quatre jeunes femmes déboussolées dans un milieu coutumier des excès en tout genre, sans foi ni loi. S’il y a là matière à réflexion, le traitement expéditif réservé à ce pitch prometteur donne lieu à une orgie de clichés racoleurs, eux-mêmes parasités par les convulsions frénétiques de corps dénudés. À force de massacrer la nuance et à mesure qu’il s’embourbe dans les facilités scénaristiques, Spring Breakers finit d’ailleurs par se révéler désespérément creux et incapable du moindre second degré. Le seul salut viendra d’un visuel d’apparat, mettant en scène une stylisation implacable, conçue à l’aide d’une débauche de formes et de couleurs. À la fois idyllique et cauchemardesque, fascinant et rebutant, saturé et vide, le film joue sur tous les tableaux et se fourvoie lamentablement, jusqu’à n’avoir plus qu’une carte à faire valoir : le déferlement d’effets plastiques et de procédés esthétiques. Un bijou clinquant, mais en toc. (5/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Trainspotting" / Le Moins : "World War Z" (#21)

Le Plus : "Pas de printemps pour Marnie" / Le Moins : "Greenberg" (#20)

Le Plus : "Sang pour sang" / Le Moins : "Last Days" (#19)

Partager cet article

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

Recherche