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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 18:51

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Stoker (2013). Souvenez-vous : début 2013, l’incursion hollywoodienne du prodige Kim Jee-woon se solde par une surprenante déconvenue. Un peu comme si l’architecte du sublime J’ai rencontré le Diable, sous la pression, avait délibérément répudié sa verve et son audace. Alors même qu’il lui emboîte le pas, Park Chan-wook, autre joyau venu de Corée, n’entend en aucun cas se terrer dans le même panier. Au contraire, il s’attache à développer son propos dans le sillage d’Alfred Hitchcock, déployant une plastique glaciale en parfaite adéquation avec d’obscures intrigues judicieusement entremêlées. C’est d’ailleurs peu dire que le cinéaste prend le temps de soigner sa présentation : des métaphores visuelles lumineuses viennent à intervalles réguliers magnifier une photographie d’une élégance rare, œuvre d’un Chung Chung-hoon des grands jours. Porté par une distribution polaire, Stoker met en outre un point d’honneur à déconstruire cynisme, manipulation, mensonge et sordidité. Le film plonge ses protagonistes dans un degré d’errance tel que le morbide, le prévenant et le sensuel en arrivent à se confondre. Un savoureux mélange des genres, que le maître d’œuvre d’Old Boy exploite avec maestria. Mieux, en quelques tours de passe-passe, le réalisateur sud-coréen se sert de l’arrivée quelque peu intempestive d’un oncle et beau-frère méconnu pour ouvrir le rideau sur la folie criminelle d’une famille tragiquement névrosée. L’entre-soi narratif tombe alors sous le sens et apparaît toujours plus comme le prétexte à un cheminement à la godille. Thriller diablement sulfureux, long métrage d’atmosphère, Stoker fait de l’amoralité un objet d’analyse inépuisable, élevant au passage la liberté de ton au rang de valeur imprescriptible. Énième surprise d’un film qui en est rempli, c’est Wentworth Miller, le principal interprète de Prison Break, qui signe un scénario dont l’originalité n’a finalement d’égale que l’intensité. À n’en pas douter, on tient là un authentique coup de force, digne émanation d’une industrie sud-coréenne qui n’en finit plus de nous enflammer. Rien, ou presque, ne viendra contrebalancer l’ivresse dionysiaque provoquée par cette œuvre tout-terrain. Seule ombre au tableau : un rythme pas toujours soutenu et une profondeur relative. (8/10)

 

Le Moins : Jobs (2013). Joshua Michael Stern, un nom tout sauf ronflant. Un quasi-inconnu dans un microcosme où la notoriété permet d’ouvrir toutes les portes. C’est pourtant à ce cinéaste sans pedigree que l’on doit le premier film posthume ayant trait à l’incontournable et néanmoins énigmatique Steve Jobs, génie de l’informatique parfaitement rompu à l’exercice promotionnel. Dès l’ouverture, le long métrage entreprend sa marche biographique, instructive mais quelque peu plombée par l’académisme incommodant d’une réalisation sans imagination. Dans un strict – et borné – respect de la chronologie, Jobs revient sur la naissance de la « marque à la pomme », sur son développement, des garages mal éclairés aux bureaux stylisés, pour enfin clôturer son propos sur la disgrâce et le retour en force de son fondateur historique. Mais là où David Fincher avait tapé dans le mille avec un The Social Network très inspiré, Joshua Michael Stern se contente quant à lui d’une mise en scène plate, presque aseptisée, impersonnelle, sans idées et dépourvue de tout effet de surprise. Pis, avec ses allures d’hagiographie béate, le biopic néglige l’insolence et l’irascibilité de Steve Jobs, des failles comportementales qui ne prennent ici forme qu’à la marge. À noter que le cofondateur d’Apple, Steve Wozniak en personne, a déploré cette mythification du personnage et les multiples erreurs factuelles qui en découlent. Que sauver alors de ce navire à la dérive ?  Plusieurs choses. À commencer par Ashton Kutcher, qui ne démérite certainement pas, faisant notamment preuve d’un mimétisme parfois déroutant. Viennent ensuite l’enthousiasme généré par le film et son rythme dûment entretenu. Pas de quoi faire oublier cependant une linéarité trop prononcée, des ellipses abruptes, une narration sans relief et une certaine distance émotionnelle. Aussi, notre visionnaire à l’esprit torturé devra encore patienter quelque temps avant de pouvoir se prévaloir de son propre The Social Network. (5/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Au nom du père" / Le Moins : "Elysium" (#26)

Le Plus : "Camille Claudel, 1915" / Le Moins : "In Another Country" (#25)

Le Plus : "The Bay" / Le Moins : "Passion" (#24)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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