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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 11:09

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Trainspotting (1996). Se borner à accoler une étiquette à Danny Boyle reviendrait sans nul doute à succomber au charme des images réductrices. Une idée d’autant plus mal à propos que le cinéaste britannique, par ses incessants sauts artistiques, s’efforce d’échapper à tout cantonnement. En conduisant des projets aussi variés que 28 jours plus tard, Sunshine, Slumdog Millionaire ou encore 127 Hours, notre homme rend assurément le désir de catégorisation au mieux inopérant. Avec l’inénarrable Trainspotting, adapté du roman du même nom publié par l’écrivain écossais Irvine Welsh, il ne se contente d’ailleurs pas de transcender les genres, mais pèse au trébuchet déviances humaines et toxicomanie, faisant fourmiller tant les storylines prometteuses que les objets de désenchantement. Ewan McGregor, héros et révélation du film, endosse avec brio le costume de l’héroïnomane au bout du rouleau, en pleine repentance mais invariablement tiré vers le bas par ses « camarades de shoot ». Une photographie brute – et brutale – d’une jeunesse à la dérive, sacrifiée par l’indifférence et la désocialisation. Par son esprit et son impétuosité, Trainspotting glisse d’ailleurs des allusions à peine voilées à Orange mécanique, le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick. Jamais mis en défaut, Danny Boyle y dresse avec maestria le portrait déroutant d’un junkie pas tout à fait comme les autres, usant du narrateur comme d’un porte-voix subjectif, une sorte de caisse de résonance émotionnelle. Alors que des traits d’humour viennent régulièrement pimenter – et oxygéner – le récit, c’est une détresse multiforme, magnifiée par une écriture irréprochable, qui tient la férule. Habilement mis en scène, à la fois crasseux et déjanté, le film arbore des séquences hallucinées et sécrète des dialogues tenant lieu de véritables bouffées d’air frais. Il en va notamment ainsi des scènes de sevrage, de la fouille dans les « pires toilettes » d’Écosse ou encore de cet entretien d’embauche foncièrement invraisemblable. Scatophile et sans limite, le long métrage n’hésite pas à forcer le trait jusqu’à la caricature, ce qui tend à porter aux nues son propos salvateur. Voilà donc une œuvre coup-de-poing qui a le mérite de donner un coup de pied dans la fourmilière cinématographique. (8/10)

 

Le Moins : World War Z (2013). Le nouveau film de Marc Forster (Neverland, Quantum of Solace) ressemble peu ou prou à une offre soumise à conditions. World War Z avait tout pour être le premier blockbuster mettant en scène des zombies, le point de jonction entre Kathryn Bigelow et Roland Emmerich, la réinvention d’un genre depuis trop longtemps en panne d’inspiration. Mais les contrariétés se cachent dans les petits caractères du contrat : pour pleinement adhérer à ce long métrage horrifique post-apocalyptique, il vous faudra faire abstraction de ses multiples incongruités, de ses rebondissements tirés par les cheveux et de son scénar poussé à l’anorexie par des « auteurs » rasant les murs. Car si, techniquement, le cinéaste suisse parvient à faire mouche, menant son film tambour battant, il abat vite toutes ses cartes et finit englué dans les facilités. Pis, l’intrigue s’avère usée jusqu’à la moelle : Brad Pitt, que l’on n’attendait pas forcément dans un tel projet, incarne (avec conviction) un enquêteur de l’ONU chargé d’étudier un virus qui se propage dans le monde entier comme une traînée de poudre, contaminant les hommes et les transformant immédiatement en morts-vivants. Le pitch se veut périlleux et World War Z contient tous les vices de forme de la métaphore inachevée : quand Marc Forster entend braquer sa caméra sur nos sociétés contemporaines, accusant ainsi la fragilité des institutions et de l’ordre social, il ne parvient jamais à se montrer à la hauteur de ses ambitions, peinant ne serait-ce qu’à tenir tête au pire épisode de The Walking Dead. C’est dire si son film a plus de corps que d’esprit. Car si le script a de toute évidence été gribouillé sur un coin de table, la réalisation peut en revanche se prévaloir d’un rythme effréné et d’effets visuels convaincants. Qui pourrait d’ailleurs légitimement faire la fine bouche devant cette contamination au pas de charge d’un avion ou, mieux encore, d’une ville entière ?  Au final, ce World War Z s’apparente volontiers à un uppercut mal adressé. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Pas de printemps pour Marnie" / Le Moins : "Greenberg" (#20)

Le Plus : "Sang pour sang" / Le Moins : "Last Days" (#19)

Le Plus : "Frenzy" / Le Moins : "L’Ombre d’un soupçon" (#18)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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